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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 11:47

qUne-epee-dans-la-brume--quatrieme-de-couverture.jpgNicole-Damaggio.jpg

 

Pourquoi une synthèse de ce livre-là en particulier et non d'un autre ? Je fais rarement un compte-rendu de toutes mes lectures, mais je sélectionne généralement celles qui me semblent les plus pertinentes. J'ai donc choisi de donner mon avis sur un sujet qui fait partie des problématiques actuelles de la santé.  Il ne s'agit pas ici d'une fiche de lecture, au sens propre, qui suivrait une méthode universitaire. Je m'engagerai à ne pas céder à la tentation de l'exhaustivité, de manière à laisser le libre choix au lecteur de connaître les détails du livre par lui-même. 

Et comme mon blog a aussi un rôle d'information et de transmission, cette synthèse est destinée à donner envie, aux lecteurs curieux, de se pencher sur cette histoire et d'y trouver des clés, des réponses à leurs questions. 

 

En effet, en premier lieu, ce livre de 320 pages, publié en 2011, relate l'histoire d'une jeune femme, Anneclaire Damaggio, la fille de l'auteur, diagnostiquée Asperger tardivement à son adolescence. Les chapitres du livre suivent d'ailleurs les différentes étapes de sa vie, de sa naissance jusqu'à l'âge de 25 ans - âge durant lequel elle suit des études de sciences politiques. Il ne s'agit donc ni d'un livre de psychologie ou de psychanalyse, ni d'une biographie, mais d'un témoignage sincère et objectif, accompagné de passages encyclopédiques visant à définir et faire comprendre le syndrome d'Asperger, lui donner un sens différent du milieu médical, et apporter des solutions éducatives et pédagogiques adéquates.

La particularité de ce livre réside dans le fait que c'est un livre à deux voix puisque dans l'un des chapitres - "Anneclaire dicte d'un trait"- c'est sa fille qui prend la parole pour s'exprimer, avec sa voix poétique, sur la manière dont elle s'est appropriée ce syndrome d'Asperger, la manière dont elle le recrée pour en extraire la quintessence philosophique et poétique. Ce seul chapitre, dans lequel s'exprime Anneclaire, est un chapitre entièrement construit sur des références poétiques, historiques et philosophiques dotées d' une forte connotation émotionnelle, représentative de la force intérieure qui émane de sa personne, qui entre en décalage par rapport aux autres chapitres écrits par Nicole Damaggio dont l'écriture a une fonction explicative et narrative en complément de la sensibilité de son auteur. L'auteur cherche donc l'objectivité avant tout. C'est aussi dans cet unique chapitre que Anneclaire peut laisser libre cours à ses affects en osant reprocher le "régime  drastique" appliqué par sa mère auquel elle rêvait d'échapper mais avec qui elle conserve des relations raciniennes. Sa mère a contribué à forger les aptitudes qui n'étaient pas innées chez sa fille. Or, sa fille, à un certain moment, évoque l'impression qu'on voulait la faire renoncer à tout ce qui faisait son être profond.

Des annexes sont présentes à la fin du récit : il s'agit de matrices de temps que des enseignants peuvent réutiliser à destination de leurs élèves afin des les aider à gérer leur temps lors d'une épreuve d'examen : brevet, bac, examens d'université. Elles comportent des conseils méthodologiques pour réussir ces épreuves. Nicole les a réalisées elle-même pour sa fille qui avait accès à un tiers-temps supplémentaire dans le cadre de ses épreuves d'examen, du fait de sa spécificité enfin reconnue par le corps enseignant.  Enfin, une bibliographie et quelques adresses utiles d'associations, de revues et de radios, sont mentionnées à la fin du livre. 

 

J'ai compris le titre Une épée dans la brume, comme une force à la fois intérieure et extérieure incarnée par Anneclaire, symbolisée matériellement par l'épée, d'une part, et la brume comme étant ce qui est flou, indistinct, mal connu, mal compris, d'autre part. L'épée dans la brume incarnerait donc une arme invincible représentant la force face au brouillard, face à l'incertitude. Le sous-titre     Syndrome d'Asperger et espoir est la traduction symbolique d'une épée dans la brume, c'est-à-dire d'une autre forme d'intelligence reflétant une force matérialisée par l'épée - l'individu armé de son intelligence pour affronter toutes sortes de situations -, et l'espoir est la forme qui commence à émerger du brouillard, de l'inconnu, et qui va peu à peu façonner un monde nouveau, un esprit nouveau et libre. L'épée est celle du conquérant qui conquiert le monde et éclaircit le brouillard en le déchirant pour en faire ressortir le contenant. 

Pour résumer le point d'aboutissement final de ce témoignage, dont la succession des titres de chapitres pourrait évoquer une sorte de petit oiseau qui apprend à s'envoler et qui finit par savoir voler de ses propres ailes, on pourrait reprendre une phrase mentionnée dans la préface : " Beaucoup de normaux sont en effet sévèrement normaux". On part du principe qu'il existe un spectre de la normalité tout comme il existe un spectre de la déficience : profond, sévère, modéré, léger. Si Nicole Damaggio n'avait qu'une seule expression pour définir le syndrome d'Asperger, elle dirait que c'est une façon différente d'être normale. C'est la terminologie qu'on pourrait donner à ce récit. 

 

Le récit débute par la découverte des comportements atypiques d'Anneclaire perçus suffisamment tôt par sa maman pour entreprendre une stratégie expérimentale afin de garder sa fille dans le monde et de décoder l'inconnu par elle-même. Le métier de sa mère - une femme d'affaires, conseillère et coach - lui a permis, par intuition et par observation, de développer des méthodes pédagogiques permettant à sa fille d'acquérir les choses qui n'étaient pas innées ou spontanées chez elle. Il fallait en quelque sorte animer sa fille faute de ne pouvoir s'animer toute seule. La mère a donc développé pratiquement seule, sans se constituer de réseaux, des outils et des exercices très répétitifs pour faire acquérir à sa fille les apprentissages sociaux, de communication, scolaires et affectifs en utilisant, sans le savoir, une combinaison de trois méthodes aujourd'hui utilisées dans le traitement de l'autisme : la méthode PECS, la méthode TEACCH et la méthode ABA - un 3 en 1 qui vaut mille respects à cette femme qui  a trouvé toute seule, par intuition et par ses propres moyens, aidée seulement par ses parents, ce qu'il fallait faire pour stimuler sa fille, sans l'aide de médecins ni d'enseignants. Elle a justement rencontré beaucoup de difficultés à faire comprendre la spécificité de sa fille aux enseignants, aux chefs d'établissement et aux médecins qu'elle a rencontrés, car elle s'est heurtée à leur indifférence et à leur incompréhension vis-à-vis du syndrome d'Asperger malgré les qualités diplomatiques que cette mère a mobilisées pour aider sa fille et expliquer, en long en large et en travers, l'attitude à adopter avec elle.

On peut donc reconnaître à cette femme l'incroyable détermination qu'elle a eue et surtout son intelligence intuitive et l'inventivité qui lui a permis de réussir son combat, son objectif face aux préjugés. Elle a même pensé à inventer de nouveaux métiers pour accompagner, sur le chemin de l'autonomie et de l'épanouissement, les Asperger, en milieu ordinaire, en particulier dans les études supérieures et la vie professionnelle, grâce à une forme de tutorat des étudiants. Elle pense à une évolution du métier d'AVS en AVE, c'est-à-dire "accompagnant de vie étudiante" pour les Asperger, dans une perspective d'accompagnement de projets, de développement personnel, de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être. Elle donne pleins d'astuces et de méthodes vraiment intéressantes dont tous les parents (même ceux qui ont des moyens limités) et les professionnels, devraient s'inspirer. En cela, ce livre - en plus d'être un récit très bien écrit et simple - est aussi un formidable outil pédagogique pour guider et initier aussi bien les parents que les professionnels, dans la compréhension de l'autisme et des solutions efficaces à apporter pour autonomiser leur enfant, autant dans le Life coaching que dans le Job coaching, le Family coaching et le Study coaching.

La mère d'Anneclaire est obligée d'endosser moult rôles différents en plus du rôle de mère alors qu'elle n'était pas prédestinée à jouer tous ces rôles-là si sa fille n'était pas atypique. Elle développe donc des qualités et des compétences exceptionnelles. Mais on peut reprocher aussi à cette mère cet excès titanesque de détermination qui l'a empêchée, peut-être, de mener sa vie de femme comme elle l'avait imaginée et de préparer un combat. Elle explique, par ailleurs, avec beaucoup de regrets, que son fils souffrait du manque d'attention de sa mère vis-à-vis de lui, qu'il a été obligé de s'autonomiser très tôt. En s'étant montré compréhensif vis-à-vis de la situation familiale, il a mûri plus vite que les enfants de son âge. 

Nicole Damaggio ne vivait donc plus que pour sa fille à qui elle a consacré toute son énergie et n'a jamais baissé les bras, à part de temps en temps quelques passages du livre exprimant un certain découragement de la mère. Néanmoins, elle rebondissait toujours sur ses acquis. En même temps, sa mère apprenait aussi beaucoup de sa fille. Ensemble elles ont fait concorder deux conceptions du monde qui trouvent toutes deux leur légitimité : le monde des Asperger et celui des neurotypiques. 

 

Autrement dit, ce livre revêt différentes facettes : c'est à la fois un témoignage, un récit, un guide pédagogique, un essai destiné à donner espoir aux parents, aux accompagnants, aux enseignants, aux personnes en situation de handicap (entre autres de handicap invisible comme le syndrome d'Asperger), aux hommes politiques, à tous les curieux, aux générations futures. C'est pourquoi je le conseille vivement. 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 09:49

 

C'était il y a trois ans - un mercredi comme le jour où j'écris cet article. A peine avoir refermé la porte vitrée qui séparait l'entrée du centre de loisirs de la cour de récréation de ce centre, mon regard s'est posé instinctivement, comme un aimant, sur un petit garçon brun agenouillé, la tête baissée, jouant tout seul avec des osselets et tordant ses doigts avec une étonnante agilité. Comme dirait le psychanalyste Henri Rey-Flaud : "Leur gestuelle de verre fait penser qu'ils écoutent en secret la musique de leurs doigts".      

Les autres enfants jouaient paisiblement entre eux à des jeux de ballon et couraient partout sans se préoccuper le moins du monde de ce petit être calme et solitaire, qui lui-même ne se préoccupait aucunement des jeux des autres enfants ni de son environnement. De là où j'étais, à 50 mètres environ de ce petit garçon qui ne bougeait pas d'un poil de l'endroit où il était et qui n'avait pas relevé sa tête une seule fois, mon regard a balayé toute la cour de récréation plusieurs fois pour en arriver à la conclusion que l'enfant ne s'était pas assis là par hasard. En effet, quelques formes géométriques s'esquissaient dans mon esprit ; elles se formaient comme une illusion d'optique ; l'enfant se serait donc installé pas n'importe où dans la cour mais sur un angle droit qui avait dû émerger de son esprit. Ce n'est pas comme un animal qui marquerait son territoire choisi en urinant dessus par exemple, mais dans le cas de cet enfant, c'est bien cette partie du territoire qui n'attendait plus que lui, qui était faite pour lui, prête à l'accueillir. L'enfant semblait donc avoir un rapport géométrique à l'espace. En effet, ce sentiment donnait l'impression, pour tout individu qui aurait été là à ma place, que la position de l'enfant avait quelque chose de symbolique, de mathématique, de géométrique. Cela est difficile à expliquer mais il paraissait venir d'un autre monde. De plus, il semblait aussi que les autres enfants se tenaient à bonne distance de lui et ne franchissaient pas la ligne imaginaire les séparant de lui, sans quoi il aurait eu l'impression d'une intrusion insupportable dans sa bulle. Ce qui l'aurait probablement mis dans tous ses états. Une sorte de pacte spirituel symbolique avait donc pu être signé, entre lui et les autres enfants, pour ne pas franchir cette ligne imaginaire symbolisant la ligne de protection de l'enfant contre les invasions extérieures.

 Je me suis approchée de plus en plus dans la cour de récréation, mais je ne me dirigeais pas vers l'enfant en question mais vers celui que je venais chercher, car à l'époque j'étais étudiante, je donnais des cours particuliers et je faisais aussi de la sortie d'école. En attendant qu'il aille chercher ses affaires et qu'il se prépare, je me suis assise sur un rebord de fenêtre et je ne regardais plus le petit autiste ; le regarder aurait été un sacrilège ; il se serait interrompu et se serait senti pénétré. Je ne voulais donc en aucun cas être intrusive.

En revanche, ce dernier à qui je donnais environ 9-10 ans, a soudainement quitté son activité pour grimper sur un muret qui se trouvait tout près de celui où j'étais assise. Il commençait alors à marcher sur la pointe des pieds ; je ne le regardais pas mais je savais ce qu'il faisait. Toujours sur la pointe des pieds, il commençait à se rapprocher de plus en plus vers moi. Alors j'ai eu le réflexe de me lever de ma place pour ne pas constituer un obstacle pour lui et le laisser continuer sur sa ligne droite. En me levant, je pensais donc qu'il allait continuer sur sa ligne droite, sur la pointe des pieds... mais pas du tout ! 

Lorsque je me suis levée, il est descendu à terre, et à bonne distance de moi, il commençait à tournoyer en courant pour former un cercle : il tournait doucement au début puis de plus en vite. Le garçon que j'étais venu chercher est revenu à ce moment-là ; il était prêt à partir, donc moi aussi. Mais au moment où l'on allait partir, le garçon autiste, en tournoyant toujours sans dire un seul mot et dans un calme absolu, fixait un sac que je tenais dans une main. Puis d'un seul coup, sans que personne ne s'y attende, le garçon autiste est sorti de son cercle pour aller mettre une claque sur la tête du garçon que je suis venu chercher, sans aucune expression sur son visage, et à la stupeur générale, puisque des animatrices avaient accouru, en criant, pour retenir le garçon autiste, l'empêcher de recommencer.

Le garçon frappé avait eu un peu mal à la tête mais plus parce qu'il avait été surpris de la claque qu'il avait  reçue. Je lui ai demandé si ça allait ; il m'a dit que oui et que, de toute façon, il avait l'habitude avec ce garçon autiste. De surcroît, il savait donc quels étaient ses comportements et réactions habituels. N... (initiale pour garder l'anonymat) ne s'est pas rebellé ; il s'est laissé faire, dans un bon esprit car, après tout, ce n'était pas de sa faute s'il était comme ça. En revanche, le garçon autiste ne m'a rien fait du tout à moi.  J'avais même le sentiment que l'enfant avait un don pour entrevoir l'intérieur d'une personne, contrairement à ce qu'on raconte sur l'absence d'empathie des personnes avec autisme. J'avais l'impression étrange que s'il s'était brusquement dégagé de son activité avec les osselets, c'est qu'il avait pressenti une intrusion dans sa bulle. L'intrusion, c'était moi, car il ne m'avait jamais vue auparavant. En même temps, il semblait me suivre et remarquer ce sac que je tenais dans la main. Aussi, il avait l'air rassuré parce qu'il avait dû sentir que je lui voulais du bien.  Une sorte de télépathie émergeait de ce garçon qui, bien que non parlant, semblait doté d'une intelligence remarquable, difficilement explicable.

Après ce petit incident imprévisible, nous avons quitté le centre pour rentrer, et sans me retourner, je commençais déjà à me poser des questions sur l'enfant autiste car j'étais réellement intriguée ou peut-être même perturbée par cet enfant ayant l'air d'appartenir à un autre monde - un monde secret, un monde de l'au-delà et du néant. Vais-je le revoir la prochaine fois ? J'en avais envie. Comment s'appelle-t-il ? J'aurais pu le demander à N... mais je n'y ai pas pensé. Pourquoi fixait-il ce que je tenais dans la main ? J'espère qu'il est à son aise au centre et que les animateurs s'occupent bien de lui...

Celui que j'ai rencontré s'est arrêté au seuil du langage - aux empreintes comme dirait les psychanalystes adeptes de la théorie freudienne. Freud distinguait quatre temps fondateurs du sujet du langage :

1°) les "empreintes" imprimées au stade originel des sensations ;

2°) les "images" enregistrées au stade des perceptions ;

3°) les "traces" signifiantes constitutives de l'inconscient ;

4°) les représentations conscientes d'objets, supports de la réalité ordinaire. 

Les autistes atteints de la forme de Kanner, comme celui que j'ai vu, sont au stade des empreintes. Ceux qui sont autistes de haut niveau ou Asperger sont au stade n°2 des images. Les névrosés sont au stade n°3 et les personnes dites normales sont au stade n°4. Fantasme de psychanalystes ! 

Il ne faut pas voir ce schéma grossier comme une pyramide hiérarchisante qui va du plus faible au plus fort, car la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Mais selon les psychanalystes, il s'agit de réactiver la connexion interrompue, de comprendre pourquoi la substitution des images aux empreintes a échoué dans le cas des autistes. Il s'agit certainement d'activer la perception de "l'Autre", qui leur fait actuellement défaut. Évidemment, la psychanalyse n'est pas une science exacte, et je n'accorderai jamais le monopole exclusif de la psychanalyse dans la recherche scientifique d'un traitement. Bien au contraire, je fais davantage confiance aux chercheurs sur le plan du cerveau. Mais les causes étant neurobiologiques, environnementales et génétiques, j'estime que les professionnels de ces différents secteurs ont tout intérêt à s'unir pour mettre en commun leurs travaux et arriver à un objectif d'autonomisation poussé plus loin encore que ce qui existe déjà.

Les méthodes comportementales comme ABA donnent les meilleurs résultats pour l'instant. La piste d'un traitement est trop ambitieuse, car pour parler de traitement, il faudrait d'abord parler de maladie. Or, les troubles autistiques ne sont pas officiellement des maladies, mais constituent une différence, une spécificité dont il faut tenir compte constituant une norme légitime, des capacités intellectuelles et de mémorisation hors du commun qu'il faut à tout prix préserver chez les autistes, étant donné qu'elles peuvent constituer des modèles pour traiter différemment l'information et nous faire découvrir les secrets imperceptibles de notre monde, ses arcanes, ses détails, ses symboles. Sans nier la souffrance liée à leur handicap, il ne faut pas réduire les troubles autistiques au handicap mais en prélever ce qu'il y a de meilleur, ce qui manque à la norme.

 

De ce jour insolite, émane un grand intérêt pour l'autisme qui prend forme par mes lectures, des témoignages et par la cinématographie et les documentaires. Voilà pour la petite anecdote.  


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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 10:59

A partir de deux citations : l'une prononcée par Albert Einstein et l'autre par moi-même, j'ai eu l'idée de rédiger un énoncé fictif pour un sujet possible de philosophie à distribuer aux candidats au baccalauréat pour s'entraîner, et dont certains professeurs de philosophie pourraient éventuellement s'inspirer. Voici d'abord les deux citations, puis l'énoncé du sujet : 


"C'est le rôle essentiel du professeur d'éveiller la joie de travailler et de connaître" (Albert Einstein)

 

"A notre époque, on rend le professeur objet parmi les objets, meuble parmi les meubles, comme l'esclave était décrit dans Le Code Noir (article 44) : "L'esclave est un bien meuble" 

 

A l'aide de vos connaissances, comparez ces deux citations en situant d'une part, le contexte socio-historique, d'autre part en présentant l'évolution du statut du professeur de l'époque d'Albert Einstein à aujourd'hui, puis critiquez (au sens d'esprit critique) ces deux citations en analysant les causes du déclin du statut du professeur d'hier à aujourd'hui. Peut-on considérer ces deux citations comme des vérités générales ? 

 

Bon courage ! 

 

PS : Si vous ne pouvez pas disserter là-dessus, il est possible de m'envoyer vos commentaires .

 



 


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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 22:30

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Voilà un article de France Soir à la fois hilarant et consternant. Hilarant, car les douze exemples d'appels téléphoniques totalement débiles, mentionnés dans cet article, sont à mourir de rire ; consternant, car je ne pensais pas que les Parisiens étaient aussi cyniques, du moins ceux qui osent déranger pour rien des pompiers qui ne sont censés se déplacer et intervenir qu'en cas d'urgence vitale. Même un enfant, qui a l'âge de raison, saurait identifier les situations d'urgence pour lesquelles il est nécessaire d'appeler les pompiers. Comment font-ils pour garder leur calme lorsqu'ils reçoivent ce type de coup de fil ? J'admire le travail des pompiers et je ne comprends pas que des gens osent se ficher de leur travail en les appelant pour des futilités pareilles.

Quand je lis par exemple : "Bonjour Monsieur. J'ai un pigeon qui est devant ma fenêtre et qui me fixe du regard. J'ai peur. Vous pouvez venir le tuer ? ", ou quand je lis : "Oui, ma femme a un problème, je crois qu'elle est morte mais elle n'arrête pas de ronfler", je me dis : soit ces personnes-là se fichent du monde et ignorent les missions dévolues aux pompiers - c'est un manque de respect pour le travail des sapeurs-pompiers -, soit je me dis qu'elles ont confondu le numéro des pompiers avec le numéro des urgences psychiatriques.

Quand on lit également ces exemples, on se dit que cela traduit un trait de personnalité récurrent chez les Parisiens : la solitude, l'ennui, l'intériorisation des pensées, la rumination, le manque ou l'absence de communication avec ses pairs, l'égoïsme, car visiblement ils ne savent pas faire la différence entre des faits graves nécessitant le recours aux pompiers, et des imbécillités. Le téléphone semble alors être un remède à ces difficultés de communication des Parisiens et à leur ennui quotidien. Les sapeurs-pompiers ont raison de mener cette campagne contre les appels abusifs et malveillants, et de rappeler la condamnation à 7 500 euros d'amende et six mois d'emprisonnement. Ajouté à cela, on devrait aussi faire payer les déplacements pour motifs injustifiés. Je vous soutiens, pompiers, dans votre campagne !

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 21:59

Cela fait maintenant six mois que je n'ai pas publié de nouvel article sur mon blog, pour des questions d'emploi du temps. L'inspiration m'est soudainement réapparue à l'issue de ma visite de l'exposition Exhibitions, l'invention du sauvage, actuellement présentée au musée du quai Branly jusqu'au 3 juin 2012.

Afin de ne pas laisser la publicité polluer ma page de blog - inévitable lorsque l'on ne publie rien pendant plus de 45 jours -, j'ai donc décidé de me lancer dans la rédaction d'un mini compte rendu de cette exposition qui m'a beaucoup plu et est très riche en archives. Ainsi, Lilian Thuram, ici commissaire général de l'exposition, a eu la bonne idée de se lier à Pascal Blanchard, historien, pour questionner l'altérité, le sens des "zoos humains" qui a donné son titre à l'ouvrage de Pascal Blanchard.

Utilisé comme un outil pédagogique pour comprendre la nature des préjugés et du racisme contemporain, l'exposition s'appuie sur un grand nombre de supports tels que des photographies, des affiches d'exposition coloniale, des moulages relatifs aux pratiques de la médecine, des sculptures, des portraits, des peintures, des objets de tribus de différents continents, des vidéos, et il y avait surtout en grande majorité des photographies et des vidéos. L'exposition se termine par un court-métrage de Vincent Elka qui rassemble des témoignages de personnes d'aujourd'hui victimes de préjugés ou discriminées : une femme musulmane voilée, un couple homosexuel, une femme Rom, un adolescent trisomique, un Africain, des jeunes, etc. En reprenant le mythe du sauvage, ce petit film sert de conclusion en nous obligeant à nous poser les bonnes questions : "Quels sont mes propres préjugés aujourd'hui ? De qui suis-je le "sauvage ? Quel est mon sauvage ? "

 

C'est au début des voyages de découvertes à partir du XVe siècle, dès Christophe Colomb, que les Européens construisent leur identité par rapport à l'autre. Au fur et à mesure des grandes découvertes des nouveaux continents, le sauvage et le monstre vont non seulement constituer une opposition fondamentale par rapport au monde civilisé, aux Européens, mais aussi attirer l'attention positivement et négativement - la fascination, d'une part, et l'épouvante d'autre part. Par exemple, l'exotisme fascine mais le sauvage ou le monstre fait peur. Pour désinhiber cette peur, ces mêmes monstres et ces mêmes sauvages vont amuser, divertir un public. C'est sur ce dualisme que l'exposition se propose d'expliquer la façon de voir des Occidentaux de l'époque. Ainsi, le début de l'exposition présente des figures d'humains difformes, différents, appelés monstres : des femmes à barbe ou à forte pilosité comme Antonietta Gonsalvus dont on découvre le visage entièrement couvert de poils, des nains, des géants, des siamois, sans oublier la Vénus hottentote au fessier proéminent. Ces monstres sont exhibés comme objets de divertissement dans les cours européennes, les foires, les cirques, les cabinets de curiosité, les expositions universelles.

La notion de sauvage, quant à elle, a évolué au fur et à mesure de la découverte du monde. Chaque population identifie son sauvage à partir de ses propres représentations. Donc pour les Grecs, le sauvage c'est le barbare scythe. Au Moyen Age, le sauvage est l'homme des forêts qui s'habille avec des peaux d'animaux. Pour les Européens de la Renaissance, le sauvage est l'Amérindien. Durant le voyage de retour, des Indiens sont amenés en Europe en guise de trophées ou pour divertir les cours, ou être montrés en spectacle dans lesquels ils exécutent des danses, des acrobaties. Le carnaval est aussi un moyen de mettre en scène ces représentations fantasmées, voire de les exagérer.

Au cours du XIXe siècle, l'exhibition change de nature avec la classification des races liée au développement de la science, mais aussi pour servir les coloniaux. L'exposition nous rappelle alors les théories du XIXe siècle, la croyance en la phrénologie, les instruments de mesure de l'angle du crâne, etc. Ces exhibitions vont donc avoir un autre but que celui de divertir, puisqu'au XIXe siècle, elles étaient mises au service de la propagande coloniale. Les affiches, qui rappellent les tracts pour la vente aux enchères d'esclaves pendant le commerce triangulaire, cherchent à attirer les visiteurs au jardin zoologique d'acclimatation, par leurs gros titres, leurs couleurs et les traits physiques des populations représentées.  Ces exhibitions vont durer environ cinquante ans de la fin du XIXe siècle aux années 1930. La comparaison des humains exhibés aux animaux est flagrante, car on fait cohabiter ces hommes et les animaux dans un même espace, par exemple au jardin d'acclimatation. C'est une manière de les déshumaniser. Il n'y a plus de zoos humains en Europe après 1940 et après 1930 en France, parce que, d'une part, le cinéma remplace les expositions, et d'autre part, les Occidentaux ne sont plus en quête d'exotisme     vu qu'ils s'intéressent à d'autres choses.

Si j'avais à donner mon avis pour vous conseiller cette exposition que je recommande surtout aux jeunes - enfants et adolescents en particulier - je dirais que c'est une exposition très riche, très dense, avec beaucoup d'archives qui retracent l'histoire d'un siècle d'exhibitions humaines, car "exhibitions" rime avec manifestations publiques. L'abondance des sources s'explique par un accès très large du public à ces spectacles. Dans une des galeries de l'exposition, je me suis aperçue en lisant les témoignages de familles qui avaient été exhibées et qui ont fini par rentrer chez elles avec les siens, qu'elles étaient malheureuses et pas bien traitées. Certains tombaient malades ou mouraient. Je dirais qu'en parcourant toute l'exposition, je n'ai découvert que les représentations portées par les Européens sur ces populations, comme pour montrer qu'ils dominaient systématiquement par leur pouvoir d'imposer, alors qu'une petite partie de l'exposition seulement évoquait le regard porté sur les Européens, notamment à travers les témoignages dont je vous ai parlé.

L'exposition veut-elle alors nous montrer que la domination des Occidentaux s'exprime avant tout par l'image, la science et le langage auxquels eux seuls avaient accès, et que ces peuples n'avaient pas le droit à la parole et à l'émotivité ? J'ai fort à parier qu'il y a cette dimension implicite dans cette exposition. Ce qui fait toute sa qualité. Elle fait réfléchir car elle pose les bonnes questions. Elle montre de façon exhaustive tout le cheminement de la pensée occidentale, de la Renaissance jusqu'à notre époque. En outre, l'évolution historique est très bien montrée. Nous sommes tentés de comparer nos représentations actuelles avec les représentations de l'époque. Pour ma part, je n'aurais jamais assisté à ces spectacles, car ce qui est humiliant pour un exhibé montré comme une bête de foire serait tout aussi humiliant pour moi. J'ai pour philosophie de ne jamais faire aux autres ce que je n'aimerais pas qu'on me fasse. Pour découvrir une culture, le regard porté ne doit pas être porté par rapport à nous-mêmes mais rester neutre. Or, l'altérité est le fondement même de l'intérêt de ces exhibitions du XIXe-XXe siècle.

L'Européen construit son identité et ses valeurs par rapport à l'autre, celui qui ne lui ressemble pas, car d'après lui, il y a quelque chose de rassurant dans l'affirmation que l'autre est inférieur. En revanche, on peut comprendre que pour l'époque, ce qui était nouveau, différent, attirait mais faisait aussi rendre déviant et ouvrait la porte aux thèses les plus folles.

La phrénologie, du fait des progrès de la science, pour l'époque, était une nouveauté. Elle était considérée comme sérieuse. Aujourd'hui, du fait que les sciences - et en particulier la médecine - ont évolué, le regard est différent ; ces thèses innovantes, pour l'époque, sont aujourd'hui fausses. C'est là qu'il y a une note d'espoir, car plus le monde évolue, plus les progrès scientifiques avancent et plus certaines affirmations pourront être remises en question. L'exposition nous laisse donc sur cette note d'espoir.

Enfin, par rapport aux oeuvres, je dirais que j'ai seulement été surprise par une seule : une vidéo montrant Joséphine Baker en train de danser une danse africaine avec son pagne et avec son déhanché dynamique, comme si elle était mise dans le même panier que les autres bêtes de foire exhibées. Alors que, moi, je ne la connaissais que par l'adulation que lui portait son public, telle une diva. Je conseille donc cette exposition très pédagogique aux jeunes et à leur famille car elle fait réfléchir et s'intègre bien aux questions contemporaines de notre société.

 

Le Masurier, Le Nègre-Pie

(Madeleine de la Martinique et  sa mère)       Lavinia Fontana, Portrait 

1782                                                         d'Antonietta Gonsalvus, 1585    Paul Dupont,                                                                                                                                                 affiche 1901

linkle-masurier-le-negre-pie-Madeleine-de-la-Martinique-et-sa-.jpganton1.jpgexhibitions_0001.jpgaffiche Folies-Bergère les zoulous Jules Héret 1878Affiche de Jules Héret "Folies Bergères. Les zoulous", Paris, 1878 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 20:53

Voici un aperçu des illuminations de la cathédrale de Strasbourg que vous pouvez admirer la nuit en été. Les jeux de lumières durent en réalité une vingtaine de minutes environ. Le spectacle commence généralement à partir de 22 h 30 et se répète jusqu'à minuit. Certains auront la chance de découvrir des jeux de lumière accompagnés d'un orchestre de musique classique. Pour ma part, je n'ai pu observer que les jeux de lumière sans orchestre. C'est pourquoi, j'ai ajouté à ma vidéo une musique d'accompagnement des jeux de lumière : Le lac des cygnes, de manière à rendre plus vivantes les illuminations et nous mettre dans l'ambiance. Il existe ce type d'illuminations dans d'autres endroits en France. Le choix est large ; c'est toujours très beau à regarder, surtout en pleine nuit. 

 

 

 


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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 10:27

Le cimetière du Père-Lachaise est un incroyable vivier de personnalités et de célébrités ; je ne vous apprends rien à ce sujet, soit. Chaque promeneur, qu'il soit touriste étranger, parisien ou provincial, passe agréablement sa journée à repérer les tombes d'artistes, d'écrivains, de grands hommes, et s'y arrête pour les vénérer, les photographier, s'y recueillir car il n'y a pas plus reposant que ce lieu de recueillement. Certains, même, qui reviennent pour la énième fois, s'amusent à mémoriser le chemin qui mène à telle tombe sans utiliser le dépliant, et se plaisent à retrouver du premier coup le chemin menant à leur tombe préférée.

Comme tout un chacun, je me suis plu à réadmirer les tombes de Molière, Jean de La Fontaine, Eugène Delacroix, Frédéric Chopin, Auguste Comte, Bernadette de Beauchène - une infirmière des gueules cassées - Michel Petrucciani, Lucien Gibert - un sculpteur et commandeur de l'ordre national du mérite - et bien d'autres encore. Évidemment, il faut plus d'une journée pour faire tout le parcours. Je n'ai donc pu voir les tombes d'Edith Piaf ou de Jim Morisson par exemple.

Mais là où je souhaite attirer votre attention, c'est dans le fait que les célébrités côtoient les anonymes, comme vous le savez. Finalement combien d'entre vous se sont déjà arrêtés devant des tombes qui a priori  sont censées passer inaperçues et qui, en réalité, peuvent nous émouvoir incontestablement ? Je pense notamment à ces petites tombes d'enfants mort-nés ou morts à l'âge d'un an. La petite taille des tombes attire notre regard. En effet, je peux citer par exemple celle de Sophie Wanda Wolowska décédée le 26 septembre 1843 à l'âge de 1 an 7 mois et 18 jours. Une autre tombe portant le nom de Wolowska indique également la présence d'un autre enfant de la même famille, mort à un âge identique ou presque - son frère probablement. On pourrait donc penser que la mortalité infantile a pu décimer tous les enfants de cette famille.

La mortalité infantile était pourtant moins prégnante au milieu du XIXe siècle qu'au XVIIIe, siècle pendant lequel près d'un nouveau-né sur trois mourait avant d'avoir atteint son premier anniversaire, victime le plus souvent d'infections. Les progrès dans la vaccination et l'amélioration des accouchements au milieu du XIXsiècle ont permis de faire baisser le taux de mortalité infantile mais pas de l'éradiquer de manière spectaculaire. Vers 1850, on passe de 1 nouveau-né sur 3 mort à 1 nouveau-né sur 6. Le résultat est en baisse certes, mais pas très spectaculaire. La baisse est lente. En effet, la variole - principal fléau - reste endémique en Occident pendant tout le XIXe siècle malgré le vaccin contre la variole mis au point par Edouard Jenner en 1796, dont le succès se réalise lentement.

Sophie Wanda Wolowska est décédée à l'âge d'un an en 1843 ; les progrès de la médecine commençaient pourtant déjà à se faire sentir. Si tous les nouveaux-nés de cette famille sont décédés à 1 an ou moins, c'est qu'un fléau de ce type s'est abattu sur eux : ça peut être la variole ou une autre infection. N'oublions pas que la famille est d'origine polonaise. Bien qu'on puisse supposer qu'elle ait vécu en France, le niveau de vie et l'espérance de vie étaient bien plus bas qu'en France ; des facteurs héréditaires seraient donc mis en cause.

Je trouve donc très émouvant de voir ces tombes qui inspirent une époque révolue, qui nous semble lointaine, de par une espérance de vie beaucoup plus faible qu'aujourd'hui. La petite taille de ces tombes ne peut pas nous laisser indifférents ; on s'y arrête comme on s'arrêterait devant la tombe d'un célèbre écrivain ou artiste. Je m'y suis arrêtée avec une nostalgie au coeur et une grande émotion, bien qu'il s'agisse d'une tombe d'anonyme. Certains touristes étaient également émus devant ces petites tombes d'enfants. Alors, n'oubliez pas de vous y arrêter, ne serait-ce que pour ne pas oublier que des enfants du XIXe siècle n'ont pas eu la chance de vivre aussi longtemps que vos enfants, et qu'ils méritent tout autant de considérations.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:00

Tout le monde a déjà entendu parler du film culte de François Truffaut L'enfant sauvage, centré sur le personnage de Victor - cet enfant sauvage, enfant-animal, retrouvé par hasard dans une forêt de l'Aveyron en 1800 -, et qui, après des tentatives d'apprivoisement, est devenu l'élève du docteur Itard qui a pour objectif de le réinsérer dans le monde civilisé, de le faire parler, de lui apprendre les bonnes manières, de lui apprendre à lire et à écrire, d'éveiller ses sens.

François Truffaut s'inspire donc du rapport Itard et de l'histoire vraie de l'enfant sauvage pour réaliser son film, ayant, d'après la critique, quelques différences par rapport aux archivesPar contre, ce que vous savez moins ou pas du tout, c'est qu'après une rencontre entre Fernand Deligny et François Truffaut, ce dernier voulait au départ choisir Janmari, un garçon autiste originaire de la Sologne et en séjour dans les Cévennes (c'est lui que l'on voit dans ma vidéo et qui est le héros du film Ce gamin-là), comme pouvant incarner le rôle de l'enfant sauvage.

Or, il était impensable qu'un vrai gamin autiste comme Janmari puisse supporter des tournages de cinéma. A défaut, ce fut l'acteur Jean-Pierre Cargol qui incarna le rôle de Victor de l'Aveyron dans le film L'enfant sauvage, tout en s'inspirant des comportements étranges de Janmari qui n'était pas du tout sauvage mais autiste et mutique, en raison de la similitude assez grande entre l'enfant sauvage et Janmari, bien que tous deux soient nés respectivement à deux époques différentes ; une similitude que Jacques Lin évoque dans la vidéo que je vous présente.

J'ai fait un découpage en 5 thèmes qui montrent les cinq facettes de la personnalité de ce garçon Janmari, héros du film-documentaire Ce gamin-là, de Renaud Victor (1975) tourné dans les Cévennes.

1) L'aptitude au travail, aux tâches quotidiennes de la vie rurale
2) Des prédispositions pour l'art, le dessin : un talent caché ?
3) une attirance significative pour l'eau : regarder l'eau, respirer l'eau, la toucher, son corps vibre au bruit de l'eau
4) son jeu favori : faire rouler une pierre bien ronde sur un vasque
5) Les bizarreries de Janmari : tourner, se balancer, cris d'animaux, grimaces...

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:45

J'ai réalisé cette vidéo avec des images tirées de deux films : un de Fernand Deligny et l'autre de Renaud Victor Le moindre geste et Ce gamin-là (réalisé en 1975), illustrant le travail du pédagogue Fernand Deligny avec les enfants autistes d'un village des Cévennes (Ce gamin-là), regroupés autour d'un collectif. Deligny a travaillé également avec des enfants dits inadaptés - Yves Guignard, héros du film Le moindre geste. Les principales lignes de son travail sont présentées brièvement à la fin de mon texte. Mon texte est une vision personnelle de l'autisme. 

En visionnant le film expérimental Le moindre geste, j'ai tout d'abord été séduite par la grande beauté des images en noir et blanc, dégageant une luminosité, une blancheur particulière et des contrastes sans pareil, qui plongent le spectateur dans un réalisme d'un autre temps, suranné et d'une nostalgie impénétrable - impression qu'on ne retrouve pas dans d'autres films en noir et blanc que j'ai pu visionner - trop classiques peut-être... 
 
Je  n'ai jamais vu un film comme celui-là sans la rigueur habituelle du scénario ou seulement une trame ; je n'ai jamais vu de film expérimental, d'ailleurs, aussi inclassable qu'il puisse être. En tout cas, ce film reflète bien l'esprit libertaire du réalisateur et pédagogue Fernand Deligny - liberté qu'il sait si bien prendre avec le sujet filmé, en rapport avec le travail qu'il réalise avec ceux qui sont appelés à tort "des cas", grâce à une vision très large et une pédagogie particulière.  
 
Je suis restée subjuguée par des séquences rares et uniques puisque vraies avant tout et suscitant le fou rire, notamment celles (j'aurais l'occasion d'en parler plus tard) qui ont trait à la logorrhée de Yves Guignard, le héros (ce n'est pas un acteur, il est vraiment Yves dans la vie et c'est son aventure réelle qui est filmée), et qui correspond à des paroles enregistrées au magnétophone, qui sont celles que Yves a déroulées en voix-off en racontant  les moments de la journée qu'il a vécus après chaque tournage de son film, dans un jargon presque incompréhensible - pourrait-on dire avec un certain humour - presque "schizophasique"- ,et derrière son air un peu simplet, il a un don pour l'imitation.
 
Dans son délire, il lui arrive d'imiter des personnages différents dont des hommes politiques qu'il a pu entendre à la radio comme le général De Gaulle, par exemple. Il dit aussi la messe à sa façon, joue les sauveurs, etc. Ses répétitions de phrases et son echolalie se mêlent à des discours incohérents sur la mort et la religion tout en faisant passer des émotions et des changements d'humeur très singuliers, avec un ton de colère très souvent mais parfois inadapté pour le contexte, beuglant presque à chaque fois, vocifèrant comme un prophète illuminé quand il délire sur plusieurs personnages différents les uns des autres.

Exemples dans le désordre (il faut vraiment vous imaginer le ton explosif de Yves, sa réactivité qui s'exprime derrière ces phrases qui tonnent comme une bombe à retardement !) :
"Je vous salue, Marie pleine de crasse et tout ça !"  ou encore : "Je vous remercie monsieur le corbillard" (le corbillard étant personnifié)  ,ou encore : "je remercie tout le mois de la saint glin-glin" (sic). "J'remercie le Pape Paul VI", "J' remercie les morts " ,  "Donnez-nous notre pied, donnez-nous notre crâne (ou crasse ?), "donnez-nous nos bénitions ! " (au lieu de "bénédictions"),  donnez-nous tout ça, donnez-nous nos terres, donnez-nous tout ça... ! "N'allez pas vous faire cuire un oeuf, c'est épouvantable, quand même !"  , "Allez, marchez bande de doigts de pieds !", "Prenez un hélicoptère de 50 méga tonnes, un hélicoptère noir quoi et mettez-y, mettez-y des bonbons !" , "Le bon Dieu c'est la croix, la croix c'est pas le ciel, voilà !" , "Crevons-nous au ciel, la terre, tout ça !" , "Je vous dit Amen bande de cons !"  (Il hurle d'une voix très colérique et agressive quand il dit "Amen" ), " Strasbourg, merci, Strasbourg Strasbourg voilà!" , "Les morts ça pleurniche parce que l'Enfer a dit à l'asile :"Madame le médecin, je vous défie de voir un médecin mort !"  (j'indiquerai un extrait plus long de ses paroles un peu plus bas et encore ce ne sont pas les plus étranges ! Ah la folie surprendra toujours quand même ! ).

A plusieurs reprises, on doit se demander quelles questions soulèvent la prise de parole de Yves ? La folie a-t-elle du sens ou est-elle un  non-sens dans tous  les cas ? Si notre langage à nous, celui qui nous est propre, est essentiellement un vecteur de communication, alors quelle fonction revêt le langage de Yves ? Sa logorrhée est-elle réellement un langage ? Faut-il y percevoir du sens, ou bien notre devoir est-il simplement d'écouter passivement les beuglements de Yves pour donner un sens à son existence et pour lui permettre d'apprendre à entendre sa voix qui résonne à travers un espace immense, celui des Cévennes, celui de l'air libre où il a tout le loisir de pouvoir se libérer des chaînes qui l'emprisonnent dans sa vie quotidienne ?
 
Ce film lui permet non pas de se mettre en scène mais pédagogiquement de pouvoir se libérer, apprendre des gestes, manipuler des pierres, des cordes, faire des trajets dans les bois, apprendre des choses nouvelles, profiter de la nature, prendre le temps d'observer ce qu'il ne comprend pas, observer le monde et crier tout son saoul à l'infini, insulter tout ce qu'il veut, etc. Bref de faire tout ce qu'il n'a pas le droit ou l'occasion de faire dans son centre. Le regard extérieur du spectateur qui observe et qui l'entend, complète un autre interlocuteur de Yves qui est l'environnement, la nature, qui sont les lieux de ses délires et de ses blasphèmes - une nature qui entend aussi sa voix qui résonne de la terre jusqu'au ciel.  
 
De plus, le film débute par une coupure de presse plaquée sur un mur mentionnant ceci :
 "Le boeuf libre. DIX-NEUVIEME- Epris de liberté un boeuf s'est échappé hier après-midi des abattoirs de la Villette et a déambulé dans les rues jusque près de la gare de l'Est. Tombé dans un trou, rue de Thionville, il a été récupéré par les pompiers".

Il s'agit d'une métaphore symbolique que l'on peut comparer à la situation de départ du début du film qui est une situation de fugue de deux adolescents qui se termine par le "rapatriement" d'un des deux garçons, Yves, à l'asile d'où il s'est échappé. Son copain de route, Richard, tombe dans un trou. L'image du boeuf, c'est en quelque sorte la représentation de Yves qui beugle comme un boeuf. Cette impression d'images constitue une première accroche non négligeable du film.
 
Mon but n'est pas de rédiger une critique du long-métrage car il y en a déjà un certain nombre sur Internet qui confère à ce film une place prépondérante pour ce genre cinématographique - j'en donne quelques liens à la fin de mon article. 
Il n'y a pas réellement d'histoire à raconter si ce n'est la trame.
 
Yves et Richard sont deux adolescents qui fuguent d'une institution spécialisée et qui partent vagabonder dans la campagne des Cévennes, jusqu'au moment où Richard, en se cachant, tombe par accident dans une carrière souterraine, et ce sera sa dernière apparition dans le film, du moins pas tout à fait puisqu'on l'entend crier  à plusieurs reprises du fond de son trou et on le voit aussi quelques instants crier à l'aide le plus fort qu'il peut : "Yves !!!" pour appeler au secours son copain. Mais personne ne l'entend visiblement, pas même la fille de l'ouvrier qui est bien trop occupée à habiller avec un tissu, une tortue terrestre (oui, une sorte de robe en tissu pour sa tortue   , curieux non ? ), mais on ne sait pas exactement à quelle distance elle se trouve par rapport à Richard qu'on voit et qu'on entend crier en même temps qu' est montrée la scène avec la tortue ; il y a un parallèle mais peut-être est-ce dû au plan de la caméra seulement. Richard crie aussi de toutes ses forces et très longuement à trois reprises à un autre moment : "Yves !!!" et le plan long de la caméra se porte sur les parties extérieures d'une maison pour montrer qu'on ne peut pas identifier d'où proviennent exactement ses cris - gros plan sur les volets fermés d'une maison abandonnée, sur les trous des murs de la façade, etc.
Puis la caméra balaye tout le village pour montrer que les cris de Richard sont tellement puissants qu'ils sont censés se faire entendre dans tout le village. Yves se trouve à ce moment-là dans le périmètre de cette maison, mais comme pour la fille de l'ouvrier, on ne sait pas déterminer la distance entre les cris de Richard et l'endroit où se trouvent les autres. Le film ne dit pas si Richard aura été sauvé ou non à la fin puisque la fin du film ne montre que le retour de Yves à sa salle de classe. On peut penser que du fait d'avoir entendu les cris de Richard, il serait toujours vivant.  
 
La disparition de Richard, qui était un compagnon rassurant pour Yves, laisse ce dernier - héros du film - comme vous l'avez compris, dans l'immensité des Cévennes où, impuissant et sans aucun repère, débile, il doit apprendre à se débrouiller tout seul avec des choses toutes simples qu'il ne peut pas faire comme un adulte normal, par exemple, faire un noeud à une corde ou s'en servir, appeler les secours, lacer ses chaussures, se faire comprendre, etc. On voit aussi une scène où il tape avec une grosse pierre sur des gros clous (ou câbles) enfoncés dans une maison en pierre dont, juste à côté, se trouve le trou dans lequel Richard est tombé ; il y a un gros plan dessus. On a l'impression que Richard essaye de manifester sa présence et son appel à l'aide en faisant résonner des pierres lui aussi mais on n'entend pas sa voix et on ne peut donc pas affirmer cela bien que l'on soupçonne des échos. Yves, évidemment, ne regarde pas le trou et n'essaye donc pas de s'y pencher ou d'utiliser sa pierre pour la faire résonner dans le trou afin de voir si Richard lui répond. Il ne comprend pas ces choses-là.
 
Pourtant, il montre des capacités tout au long du film ; il traîne, du début à la fin, des cordes, et quand il n'arrive pas à faire des noeuds, il recommence, il répète ses gestes inlassablement et s'énerve quand il n'y arrive pas, ou alors il agite longuement la corde dans l'eau en faisant un mouvement de va-et-vient jusqu'à ce qu'il comprenne comment s'en servir. Il parvient à construire une sorte de sépulture en faisant une croix avec deux morceaux de bois, une corde, un seau et finit par  y  ajouter un monticule de pierres. Il grave enfin, avec une grande facilité, une phrase sur une planche en bois qui sert de plaque commémorative pour les morts en hommage à son compagnon de route Richard, qu'il finit donc par croire bel et bien mort, puisque la solitude finit par le ronger et qu'il se sent démuni et abandonné, livré à lui-même face à un monde qu'il ne comprend pas, qui lui est étranger. Cette solitude, il tente de la pallier par ses bavardages incessants, exprimant ses délires. Dans son esprit, il se dit que Richard ne reviendra jamais.  Il ne fait passer aucune émotion à travers son visage ou ses gestes, mais ce sont plus spécifiquement les paroles qu'on entend de lui en voix-off qui  traduisent des sentiments de colère ou de stupeur, paroles déconnectées, désynchronisées de temps en temps. On peut aussi penser que cette personne a conscience d'elle même puisqu'elle a conscience de l'existence de la mort.
 
Le film met en valeur, selon moi, son apprentissage des gestes de la vie quotidienne, ses efforts surhumains - car les efforts sont souvent surhumains pour les autistes. A ce propos, quelqu'un qui ne sait pas exactement de quel trouble il est atteint, aurait  tendance à le qualifier d'autiste de par sa gestuelle et ses stéréotypes. Mais ses troubles autistiques à eux seuls font-ils de lui un autiste ?  Pas franchement. Ses troubles ressemblent davantage à des troubles du comportement mais non spécifiquement à des troubles autistiques. En réalité, il semble plutôt atteint d'une déficience mentale (débilité). D'ailleurs Fernand Deligny précise au début du film : "Débile profond" mais à l'époque, la classification n'était pas très claire. Il semblerait que sa déficience soit associée, à certains moments, à un repli sur soi, à des troubles du comportement social et affectif tels que l'autisme, mais cette personne m'a l'air plus proche du déficient mental  que de l'autiste. Nuance donc, car l'autisme se distingue très franchement de la déficience mentale en tant que telle. Le caractère intelligent des autistes mutiques ou non mutiques se distingue des états d'arriération mentale. Yves, dans ce cas de figure, combine soit plusieurs troubles, soit est inclassable. De ce fait, on dira donc qu'il est inadapté. 
 
Ce n'est cependant pas la fonction première du film de porter comme regard celui d'une bête curieuse sur un trouble quel qu'il soit ni sur ses états de démence mais plutôt de voir comment un jeune garçon comme Yves, que les experts ont qualifié "d'inéducable" et "d'irrécupérable" ou de "débile profond", est en réalité quelqu'un qui fait ses preuves et qui apprend à se débrouiller tout seul loin de son cadre traditionnel - l'institut où il était enfermé - parce qu'il n'a pas le choix mais aussi pour montrer comment il peut s'approprier la caméra. Le moindre de ses gestes est un effort et une volonté de prouver qu'on peut communiquer autrement que par le seul langage, car c'est le langage qui fait défaut.
 
Justement, la pédagogie de Fernand Deligny nie l'utilité du langage et préfère les dessins, les cartes, les lignes d'erre, etc. Parfois, on voit les lèvres de Yves bouger mais la voix-off ne suit pas, comme si réellement, Yves remuait les lèvres de façon articulée, sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche et sans qu'on en devine le sens et la portée quand le remuement n'est pas accompagné de la voix-off ; on voit cela plusieurs fois dans le film. Ce remuement des lèvres est accompagné également de gestes stéréotypés de type maniaque. Il parle tout seul, semble crier autant que sa voix-off provenant du magnétophone sur un fond de film muet. On se demande aussi parfois si c'est vraiment Yves qui parle dans les monologues, tellement la voix qui nous parvient à l'oreille nous semble être celle d'un vieillard ivre.  (Petite parenthèse : son imitation de De Gaulle est vraiment très réussie !). C'est pourtant bien la voix-off de Yves, un garçon de 20 ans. 
La gestuelle et la nature : les pierres, les herbes, l'eau et même les machines des ouvriers des carrières, jouent un rôle fondamental dans le film, de même que les paroles qu'il a enregistrées sur magnétophone pour raconter les moments de sa journée - des moments où il singe des personnages, où il se met en colère et menace, vocifère tout seul, dans un cadre naturel où il n'y a personne, ou à l'inverse, parfois, des moments plus calmes et sans parole dans le film où on voit Yves en introspection et en observateur, dans des postures solennelles. 
 
Je n'ai pas pu décrypter toutes ses paroles. Mais la parole a-t-elle un sens, fait-elle vraiment sens ? Non, le sens n'a aucune valeur dans ce film et cela ne relève même pas du langage. Le langage doit-il ressembler à un langage pour s'appeler langage et doit-il forcément avoir du sens ? Non ! Je pense que le film laisse place avant tout à la libre expression de Yves, qui peut s'exprimer comme il veut et qui lui laisse le champ entièrement libre étant donné que dans la vie, on a certainement voulu priver Yves du droit à la parole - droit naturel qui nous est dû et acquis de droit en principe.
 
Fernand Deligny redonne le droit à la parole de Yves, grâce au film, afin de le montrer comme un héros, de le faire exister ou plus exactement de le rendre digne d'exister aux yeux de la caméra et des spectateurs. Certaines de ses paroles ressemblent à du baragouinage et celles qu'on entend le mieux et pour lesquelles Yves articule bien ses mots en beuglant, sont totalement atypiques, relèvent du délire ou de l'imitation de discours politique, ou de caractère religieux et déformé. Ils séduisent néanmoins, car en tant que spectateur, on arrive surtout à se souvenir du ton dans lequel il prononce ses mots et ce verbiage qu'il nous assène exagérément avec un débit très important et des changements d'humeur typiques des états maniaques (voir la transcription de ses paroles plus bas).
 
A la fin, lorsque Yves est raccompagné à l'asile par la jeune fille, on entend une fanfare écossaise, et c'est ainsi que Yves se met à parler de Strasbourg et des anciens combattants, car le son de la fanfare a dû lui inspirer le thème de l'armée. Il n'y a donc rien de laissé au hasard entre les paroles de Yves et les images montrées. Il y a un rapport entre les deux. Yves est bel et bien un messager. Il cherche à nous faire passer un message à travers son discours. Selon moi, la prise de conscience tardive par Yves, de la mort de son compagnon de route Richard, a été la plus importante, et surtout ce qu'il écrit sur la plaque en bois qu'on n' arrive pas très bien à lire mais sur laquelle on peut y voir le mot "mort" - prise de conscience donc - et un certain humour derrière tout cela.
Même si on peut supposer que Richard est toujours vivant, Yves le considère comme mort car, disparu et sans nouvelles, et la mort fait l'objet d'une grande partie de son monologue par le biais de personnages différents et de tons différents. (Je me répète, ouh là là ! )
 
 
Il y aurait tellement à en dire encore sur ce film hors norme mais au final très simple et mêlé de quelques scènes improvisées et vraies car le Yves du film est le Yves de la vie réelle, "Richard est Richard, Any est Any", les autres sont eux-mêmes, les Cévennes sont les Cévennes. C'est aussi simple que ça. C'est seulement à la fin du film que la fille d'un ouvrier des carrières qui a découvert Yves tout seul dans la nature en errance, et qui au début avait un peu peur de lui parce qu'elle l'observait en train de vociférer tout seul en menaçant le vide avec son couteau, ou bien en train de se débattre avec sa corde, le ramène à la salle de classe de son centre où, en arrivant, il salue ses camarades avec un sourire un peu bébête en disant : "alors ça va la santé  ouais, bande de cons va ! "  . On retrouve d'ailleurs souvent ce "bande de cons" dans ses monologues dans lesquels il a l'air d'insulter la face du monde.

Tout le reste relève de l'analyse et de la critique que des professionnels sont plus aptes que moi à rédiger. Pour en lire quelques-unes afin de compléter cet article, je vous invite à aller sur ces liens mais le mieux est encore de voir le film.
 
Il est possible de louer en VOD le film Le moindre geste aux éditions Montparnasse pour 5 euros et pour 72 heures. 
http://photomaniak.com/upload/out.php/i480094_dp1.pdf   (Ce dossier de 16 pages est très bien écrit et est exhaustif. Il rend compte de manière constructive des circonstances du tournage du Moindre geste dans les moindres détails. Il donne un autre point de vue que le mien, une interprétation différente de la mienne par rapport à certaines séquences ; il met l'accent sur des aspects que je n'ai pas vus au premier abord et que je n'ai pas cherchés à interpréter, et les photos ont conservé le même grain que les images du film ainsi que cette blancheur qui m'avait vraiment étonnée la première fois).
(bonne critique, bonne synthèse)
 
Une chronique complète et une biographie de Deligny http://www.dvdclassik.com/Critiques/cinema-de-fernand-deligny-dvd.htm
 
Pour terminer, voici la transcription des fameuses paroles "prophétiques" enregistrées par Yves et qui n'exercent une réelle fascination sur le spectateur qu'à partir du moment où ce même spectateur capte la voix avec le ton et les humeurs changeantes qui l'accompagnent. On en rit gentiment plus qu'on en pleure car ces paroles sortent tellement de l'ordinaire... Mais attention, il est permis de rire (c'est plus fort que nous et c'est fait pour ça) mais en aucun cas de se moquer car il faut apprendre à écouter et à être attentif au moindre geste, observer mais non juger, se dire qu'il peut toujours exister une symbolique derrière ces folles paroles, un fond de vérité et une autre manière moins ordinaire de voir les choses et de concevoir la folie...

Extrait de la parole d'Yves :

Et là /

et là j'ai dit à l'asile /

l'asile c'est comme l'enfer /

l'enfer c'est comme les pauvres /

l'enfer c'est comme les pauvres ! /

mais l'enfer... / on dit que l'asile /

l'asile c'est comme les communistes /

l'asile c'est comme les morts /

la maison Saint Nizière c'est comme ci c'est comme ça /

mais /

en général /

monsieur les morts /

je vous téléphone encore une fois /

il y a 50 millions d'anciens francs /

prenez un petit pistolet /

creusez votre trou /

et mettez votre dynamite /

ça par exemple alors, les morts ça pleure pas /

mais une croix ça pleure /

plus /

monsieur les morts /

mounstre /

les morts ça pleure et quand ça rêve ça téléphone /

alors /

égale plus les morts plus mon général Franco /

mon général je crois que dieu vous a dit /

allez en enfer ! /

roh /

allô les morts ? les morts m'entendent bien ? les morts m'entendent /

roh ! /

ces pauvres morts /

qu'est-ce qui sont curieux /

mais voilà /

quand j'ai dit ça à mon général là-haut dans son trou /

je lui dis voilà /

je prends un poste émetteur /

de 38 mètres de long / tu mets ça dans ton trou /

tu vas me dire exactement où est le trésor /

je lui dis y'a pas de trésor ici /

y dit moi j'en ai vu un /

dans ce trou- là /

alors monsieur mon général... /

me téléphoner à l'heure que je vous parle /

heu le trou /

c'est un petit machin /

o'met machin machi machin /

et ta photographie /

je t'avais mis une lettre /

à l'heure que je t'ai dit /

les morts ça vit comment /

voilà les morts /

c'est épouvantable /

les morts ça rêve /

mais quand ça pleure ça pleurniche /

et quand ça rêve /

les morts ça se bénit /

et pourquoi donc /

messieurs-dames ? /

ah ! /

messieurs-dames /

je vais vous interpréter, une chanson d'asile /

l'asile c'est comme les pauvres /

l'asile c'est comme ci, c'est comme ça /

l'asile... je vous dis une idée /

mais /

pourquoi l'asile a rêvé ? parce que /

au moment où c'est le général De Gaulle qui m'a dit, le seigneur ça marche sur ses pieds /

mais quand le pape viendra /

vous examiner /

il faudra pas dire que c'est l'enfer /

mais je crois que trois fois trois ça fait dix /

et dix millions d'ancien francs, ça gagnera un tiercé /

mais /

je me demande, messieurs-dames pourquoi ça rêve-ton ? /

oh ! /

ça y est ! /

c'est épouvantable ! /

il y a le feu à la maison ! allez appelez les pompiers ! /

je dis allô... la voisine va arriver chez vous ! /

c'est épouvantable ! /

cassez ma vaisselle bande d'idiots ! /

l'asile c'est épouvantable !

(A partir de transcriptions réalisées par Jean Pierre Daniel)

 

 un extrait

 

 

 

 
 
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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 00:28


Pido - Bienvenue chez les Corses... et bonne chance ! Partie 5/5

 

J'ai pris conscience qu'il manquait un peu d'humour à mon blog - l'humour étant  un de mes centres d'intérêt. C'est pourquoi, je me permets d'ajouter cet extrait final du spectacle de Pido, de son vrai nom Eric Fraticelli - un humoriste corse qui ne manque vraiment pas d'humour et d'imagination. En effet, l'intégralité de son spectacle est construit sur des personnages atypiques, fous, marrants, originaux, dirait-on plus poliment,  et sur des représentations de Corses et de Parisiens très caricaturaux et dans lesquels on peut parfois se reconnaître pour certains d'entre eux tellement ils nous sont familiers. En tant que spectateur, on ne ressent aucun mépris non plus dans ces représentations. Elles sont juste marrantes et intelligemment présentées.  Le spectacle est construit également sur des scènes de la vie quotidienne, des rencontres et des expériences tout aussi tordantes. J'apprécie beaucoup l'autodérision dont il fait preuve.

J'ai choisi plus particulièrement cet extrait car c'est, selon moi, la meilleure partie du spectacle, eu égard au personnage de Napoléon - un Napoléon version contemporaine comme vous ne l'avez certainement jamais vu - un Napoléon qu'on présente néanmoins comme quelqu'un qui a le souci de l'ordre et qui tente avec beaucoup de difficultés dans ce sketch de mettre de l'ordre dans ce foutoir qu'est le bataillon. Pido nous livre un bouquet final de son spectacle en reprenant tous les personnages les plus fous, les plus atypiques qu'il a joués précédemment, et les fait incarner dans un seul personnage, celui de Napoléon à la tête d'un bataillon composé de ces personnages mis en scène au cours de son spectacle. De plus, au milieu du bataillon, vous remarquerez l'intrusion un peu décalée d'un Christian Clavier (ou faudrait-il respecter le pseudonyme que l'humoriste lui a attribué, bien que ce ne soit un secret pour personne - Christian Plavier)  sous les traits d'un enfant éploré qui se plaint que les hommes habillés en noir ont marché sur sa pelouse.  Il est caricaturé de la sorte pour faire référence  aux faits divers dont vous avez sans doute entendu parler à propos de sa maison en Corse qui fut occupée pacifiquement et symboliquement par des indépendantistes ayant voulu rencontrer l'acteur, et ayant manifesté ce jour-là contre un projet de développement durable sur l'île, le PADDUC : Plan d'Aménagement et de Développement Durable de la Corse. Une farce gentillette que les médias, au moment des faits, n'ont pas entendue de cette oreille, et à laquelle les hommes politiques se sont mêlés. J'espère que vous apprécierez. C'est vraiment loufoque : on dirait des joyeux lurons !  

A la fin de son spectacle, l'émotion gagne l'humoriste car il mérite bien tous ces applaudissements !

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