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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:45

J'ai réalisé cette vidéo avec des images tirées de deux films : un de Fernand Deligny et l'autre de Renaud Victor Le moindre geste et Ce gamin-là (réalisé en 1975), illustrant le travail du pédagogue Fernand Deligny avec les enfants autistes d'un village des Cévennes (Ce gamin-là), regroupés autour d'un collectif. Deligny a travaillé également avec des enfants dits inadaptés - Yves Guignard, héros du film Le moindre geste. Les principales lignes de son travail sont présentées brièvement à la fin de mon texte. Mon texte est une vision personnelle de l'autisme. 

En visionnant le film expérimental Le moindre geste, j'ai tout d'abord été séduite par la grande beauté des images en noir et blanc, dégageant une luminosité, une blancheur particulière et des contrastes sans pareil, qui plongent le spectateur dans un réalisme d'un autre temps, suranné et d'une nostalgie impénétrable - impression qu'on ne retrouve pas dans d'autres films en noir et blanc que j'ai pu visionner - trop classiques peut-être... 
 
Je  n'ai jamais vu un film comme celui-là sans la rigueur habituelle du scénario ou seulement une trame ; je n'ai jamais vu de film expérimental, d'ailleurs, aussi inclassable qu'il puisse être. En tout cas, ce film reflète bien l'esprit libertaire du réalisateur et pédagogue Fernand Deligny - liberté qu'il sait si bien prendre avec le sujet filmé, en rapport avec le travail qu'il réalise avec ceux qui sont appelés à tort "des cas", grâce à une vision très large et une pédagogie particulière.  
 
Je suis restée subjuguée par des séquences rares et uniques puisque vraies avant tout et suscitant le fou rire, notamment celles (j'aurais l'occasion d'en parler plus tard) qui ont trait à la logorrhée de Yves Guignard, le héros (ce n'est pas un acteur, il est vraiment Yves dans la vie et c'est son aventure réelle qui est filmée), et qui correspond à des paroles enregistrées au magnétophone, qui sont celles que Yves a déroulées en voix-off en racontant  les moments de la journée qu'il a vécus après chaque tournage de son film, dans un jargon presque incompréhensible - pourrait-on dire avec un certain humour - presque "schizophasique"- ,et derrière son air un peu simplet, il a un don pour l'imitation.
 
Dans son délire, il lui arrive d'imiter des personnages différents dont des hommes politiques qu'il a pu entendre à la radio comme le général De Gaulle, par exemple. Il dit aussi la messe à sa façon, joue les sauveurs, etc. Ses répétitions de phrases et son echolalie se mêlent à des discours incohérents sur la mort et la religion tout en faisant passer des émotions et des changements d'humeur très singuliers, avec un ton de colère très souvent mais parfois inadapté pour le contexte, beuglant presque à chaque fois, vocifèrant comme un prophète illuminé quand il délire sur plusieurs personnages différents les uns des autres.

Exemples dans le désordre (il faut vraiment vous imaginer le ton explosif de Yves, sa réactivité qui s'exprime derrière ces phrases qui tonnent comme une bombe à retardement !) :
"Je vous salue, Marie pleine de crasse et tout ça !"  ou encore : "Je vous remercie monsieur le corbillard" (le corbillard étant personnifié)  ,ou encore : "je remercie tout le mois de la saint glin-glin" (sic). "J'remercie le Pape Paul VI", "J' remercie les morts " ,  "Donnez-nous notre pied, donnez-nous notre crâne (ou crasse ?), "donnez-nous nos bénitions ! " (au lieu de "bénédictions"),  donnez-nous tout ça, donnez-nous nos terres, donnez-nous tout ça... ! "N'allez pas vous faire cuire un oeuf, c'est épouvantable, quand même !"  , "Allez, marchez bande de doigts de pieds !", "Prenez un hélicoptère de 50 méga tonnes, un hélicoptère noir quoi et mettez-y, mettez-y des bonbons !" , "Le bon Dieu c'est la croix, la croix c'est pas le ciel, voilà !" , "Crevons-nous au ciel, la terre, tout ça !" , "Je vous dit Amen bande de cons !"  (Il hurle d'une voix très colérique et agressive quand il dit "Amen" ), " Strasbourg, merci, Strasbourg Strasbourg voilà!" , "Les morts ça pleurniche parce que l'Enfer a dit à l'asile :"Madame le médecin, je vous défie de voir un médecin mort !"  (j'indiquerai un extrait plus long de ses paroles un peu plus bas et encore ce ne sont pas les plus étranges ! Ah la folie surprendra toujours quand même ! ).

A plusieurs reprises, on doit se demander quelles questions soulèvent la prise de parole de Yves ? La folie a-t-elle du sens ou est-elle un  non-sens dans tous  les cas ? Si notre langage à nous, celui qui nous est propre, est essentiellement un vecteur de communication, alors quelle fonction revêt le langage de Yves ? Sa logorrhée est-elle réellement un langage ? Faut-il y percevoir du sens, ou bien notre devoir est-il simplement d'écouter passivement les beuglements de Yves pour donner un sens à son existence et pour lui permettre d'apprendre à entendre sa voix qui résonne à travers un espace immense, celui des Cévennes, celui de l'air libre où il a tout le loisir de pouvoir se libérer des chaînes qui l'emprisonnent dans sa vie quotidienne ?
 
Ce film lui permet non pas de se mettre en scène mais pédagogiquement de pouvoir se libérer, apprendre des gestes, manipuler des pierres, des cordes, faire des trajets dans les bois, apprendre des choses nouvelles, profiter de la nature, prendre le temps d'observer ce qu'il ne comprend pas, observer le monde et crier tout son saoul à l'infini, insulter tout ce qu'il veut, etc. Bref de faire tout ce qu'il n'a pas le droit ou l'occasion de faire dans son centre. Le regard extérieur du spectateur qui observe et qui l'entend, complète un autre interlocuteur de Yves qui est l'environnement, la nature, qui sont les lieux de ses délires et de ses blasphèmes - une nature qui entend aussi sa voix qui résonne de la terre jusqu'au ciel.  
 
De plus, le film débute par une coupure de presse plaquée sur un mur mentionnant ceci :
 "Le boeuf libre. DIX-NEUVIEME- Epris de liberté un boeuf s'est échappé hier après-midi des abattoirs de la Villette et a déambulé dans les rues jusque près de la gare de l'Est. Tombé dans un trou, rue de Thionville, il a été récupéré par les pompiers".

Il s'agit d'une métaphore symbolique que l'on peut comparer à la situation de départ du début du film qui est une situation de fugue de deux adolescents qui se termine par le "rapatriement" d'un des deux garçons, Yves, à l'asile d'où il s'est échappé. Son copain de route, Richard, tombe dans un trou. L'image du boeuf, c'est en quelque sorte la représentation de Yves qui beugle comme un boeuf. Cette impression d'images constitue une première accroche non négligeable du film.
 
Mon but n'est pas de rédiger une critique du long-métrage car il y en a déjà un certain nombre sur Internet qui confère à ce film une place prépondérante pour ce genre cinématographique - j'en donne quelques liens à la fin de mon article. 
Il n'y a pas réellement d'histoire à raconter si ce n'est la trame.
 
Yves et Richard sont deux adolescents qui fuguent d'une institution spécialisée et qui partent vagabonder dans la campagne des Cévennes, jusqu'au moment où Richard, en se cachant, tombe par accident dans une carrière souterraine, et ce sera sa dernière apparition dans le film, du moins pas tout à fait puisqu'on l'entend crier  à plusieurs reprises du fond de son trou et on le voit aussi quelques instants crier à l'aide le plus fort qu'il peut : "Yves !!!" pour appeler au secours son copain. Mais personne ne l'entend visiblement, pas même la fille de l'ouvrier qui est bien trop occupée à habiller avec un tissu, une tortue terrestre (oui, une sorte de robe en tissu pour sa tortue   , curieux non ? ), mais on ne sait pas exactement à quelle distance elle se trouve par rapport à Richard qu'on voit et qu'on entend crier en même temps qu' est montrée la scène avec la tortue ; il y a un parallèle mais peut-être est-ce dû au plan de la caméra seulement. Richard crie aussi de toutes ses forces et très longuement à trois reprises à un autre moment : "Yves !!!" et le plan long de la caméra se porte sur les parties extérieures d'une maison pour montrer qu'on ne peut pas identifier d'où proviennent exactement ses cris - gros plan sur les volets fermés d'une maison abandonnée, sur les trous des murs de la façade, etc.
Puis la caméra balaye tout le village pour montrer que les cris de Richard sont tellement puissants qu'ils sont censés se faire entendre dans tout le village. Yves se trouve à ce moment-là dans le périmètre de cette maison, mais comme pour la fille de l'ouvrier, on ne sait pas déterminer la distance entre les cris de Richard et l'endroit où se trouvent les autres. Le film ne dit pas si Richard aura été sauvé ou non à la fin puisque la fin du film ne montre que le retour de Yves à sa salle de classe. On peut penser que du fait d'avoir entendu les cris de Richard, il serait toujours vivant.  
 
La disparition de Richard, qui était un compagnon rassurant pour Yves, laisse ce dernier - héros du film - comme vous l'avez compris, dans l'immensité des Cévennes où, impuissant et sans aucun repère, débile, il doit apprendre à se débrouiller tout seul avec des choses toutes simples qu'il ne peut pas faire comme un adulte normal, par exemple, faire un noeud à une corde ou s'en servir, appeler les secours, lacer ses chaussures, se faire comprendre, etc. On voit aussi une scène où il tape avec une grosse pierre sur des gros clous (ou câbles) enfoncés dans une maison en pierre dont, juste à côté, se trouve le trou dans lequel Richard est tombé ; il y a un gros plan dessus. On a l'impression que Richard essaye de manifester sa présence et son appel à l'aide en faisant résonner des pierres lui aussi mais on n'entend pas sa voix et on ne peut donc pas affirmer cela bien que l'on soupçonne des échos. Yves, évidemment, ne regarde pas le trou et n'essaye donc pas de s'y pencher ou d'utiliser sa pierre pour la faire résonner dans le trou afin de voir si Richard lui répond. Il ne comprend pas ces choses-là.
 
Pourtant, il montre des capacités tout au long du film ; il traîne, du début à la fin, des cordes, et quand il n'arrive pas à faire des noeuds, il recommence, il répète ses gestes inlassablement et s'énerve quand il n'y arrive pas, ou alors il agite longuement la corde dans l'eau en faisant un mouvement de va-et-vient jusqu'à ce qu'il comprenne comment s'en servir. Il parvient à construire une sorte de sépulture en faisant une croix avec deux morceaux de bois, une corde, un seau et finit par  y  ajouter un monticule de pierres. Il grave enfin, avec une grande facilité, une phrase sur une planche en bois qui sert de plaque commémorative pour les morts en hommage à son compagnon de route Richard, qu'il finit donc par croire bel et bien mort, puisque la solitude finit par le ronger et qu'il se sent démuni et abandonné, livré à lui-même face à un monde qu'il ne comprend pas, qui lui est étranger. Cette solitude, il tente de la pallier par ses bavardages incessants, exprimant ses délires. Dans son esprit, il se dit que Richard ne reviendra jamais.  Il ne fait passer aucune émotion à travers son visage ou ses gestes, mais ce sont plus spécifiquement les paroles qu'on entend de lui en voix-off qui  traduisent des sentiments de colère ou de stupeur, paroles déconnectées, désynchronisées de temps en temps. On peut aussi penser que cette personne a conscience d'elle même puisqu'elle a conscience de l'existence de la mort.
 
Le film met en valeur, selon moi, son apprentissage des gestes de la vie quotidienne, ses efforts surhumains - car les efforts sont souvent surhumains pour les autistes. A ce propos, quelqu'un qui ne sait pas exactement de quel trouble il est atteint, aurait  tendance à le qualifier d'autiste de par sa gestuelle et ses stéréotypes. Mais ses troubles autistiques à eux seuls font-ils de lui un autiste ?  Pas franchement. Ses troubles ressemblent davantage à des troubles du comportement mais non spécifiquement à des troubles autistiques. En réalité, il semble plutôt atteint d'une déficience mentale (débilité). D'ailleurs Fernand Deligny précise au début du film : "Débile profond" mais à l'époque, la classification n'était pas très claire. Il semblerait que sa déficience soit associée, à certains moments, à un repli sur soi, à des troubles du comportement social et affectif tels que l'autisme, mais cette personne m'a l'air plus proche du déficient mental  que de l'autiste. Nuance donc, car l'autisme se distingue très franchement de la déficience mentale en tant que telle. Le caractère intelligent des autistes mutiques ou non mutiques se distingue des états d'arriération mentale. Yves, dans ce cas de figure, combine soit plusieurs troubles, soit est inclassable. De ce fait, on dira donc qu'il est inadapté. 
 
Ce n'est cependant pas la fonction première du film de porter comme regard celui d'une bête curieuse sur un trouble quel qu'il soit ni sur ses états de démence mais plutôt de voir comment un jeune garçon comme Yves, que les experts ont qualifié "d'inéducable" et "d'irrécupérable" ou de "débile profond", est en réalité quelqu'un qui fait ses preuves et qui apprend à se débrouiller tout seul loin de son cadre traditionnel - l'institut où il était enfermé - parce qu'il n'a pas le choix mais aussi pour montrer comment il peut s'approprier la caméra. Le moindre de ses gestes est un effort et une volonté de prouver qu'on peut communiquer autrement que par le seul langage, car c'est le langage qui fait défaut.
 
Justement, la pédagogie de Fernand Deligny nie l'utilité du langage et préfère les dessins, les cartes, les lignes d'erre, etc. Parfois, on voit les lèvres de Yves bouger mais la voix-off ne suit pas, comme si réellement, Yves remuait les lèvres de façon articulée, sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche et sans qu'on en devine le sens et la portée quand le remuement n'est pas accompagné de la voix-off ; on voit cela plusieurs fois dans le film. Ce remuement des lèvres est accompagné également de gestes stéréotypés de type maniaque. Il parle tout seul, semble crier autant que sa voix-off provenant du magnétophone sur un fond de film muet. On se demande aussi parfois si c'est vraiment Yves qui parle dans les monologues, tellement la voix qui nous parvient à l'oreille nous semble être celle d'un vieillard ivre.  (Petite parenthèse : son imitation de De Gaulle est vraiment très réussie !). C'est pourtant bien la voix-off de Yves, un garçon de 20 ans. 
La gestuelle et la nature : les pierres, les herbes, l'eau et même les machines des ouvriers des carrières, jouent un rôle fondamental dans le film, de même que les paroles qu'il a enregistrées sur magnétophone pour raconter les moments de sa journée - des moments où il singe des personnages, où il se met en colère et menace, vocifère tout seul, dans un cadre naturel où il n'y a personne, ou à l'inverse, parfois, des moments plus calmes et sans parole dans le film où on voit Yves en introspection et en observateur, dans des postures solennelles. 
 
Je n'ai pas pu décrypter toutes ses paroles. Mais la parole a-t-elle un sens, fait-elle vraiment sens ? Non, le sens n'a aucune valeur dans ce film et cela ne relève même pas du langage. Le langage doit-il ressembler à un langage pour s'appeler langage et doit-il forcément avoir du sens ? Non ! Je pense que le film laisse place avant tout à la libre expression de Yves, qui peut s'exprimer comme il veut et qui lui laisse le champ entièrement libre étant donné que dans la vie, on a certainement voulu priver Yves du droit à la parole - droit naturel qui nous est dû et acquis de droit en principe.
 
Fernand Deligny redonne le droit à la parole de Yves, grâce au film, afin de le montrer comme un héros, de le faire exister ou plus exactement de le rendre digne d'exister aux yeux de la caméra et des spectateurs. Certaines de ses paroles ressemblent à du baragouinage et celles qu'on entend le mieux et pour lesquelles Yves articule bien ses mots en beuglant, sont totalement atypiques, relèvent du délire ou de l'imitation de discours politique, ou de caractère religieux et déformé. Ils séduisent néanmoins, car en tant que spectateur, on arrive surtout à se souvenir du ton dans lequel il prononce ses mots et ce verbiage qu'il nous assène exagérément avec un débit très important et des changements d'humeur typiques des états maniaques (voir la transcription de ses paroles plus bas).
 
A la fin, lorsque Yves est raccompagné à l'asile par la jeune fille, on entend une fanfare écossaise, et c'est ainsi que Yves se met à parler de Strasbourg et des anciens combattants, car le son de la fanfare a dû lui inspirer le thème de l'armée. Il n'y a donc rien de laissé au hasard entre les paroles de Yves et les images montrées. Il y a un rapport entre les deux. Yves est bel et bien un messager. Il cherche à nous faire passer un message à travers son discours. Selon moi, la prise de conscience tardive par Yves, de la mort de son compagnon de route Richard, a été la plus importante, et surtout ce qu'il écrit sur la plaque en bois qu'on n' arrive pas très bien à lire mais sur laquelle on peut y voir le mot "mort" - prise de conscience donc - et un certain humour derrière tout cela.
Même si on peut supposer que Richard est toujours vivant, Yves le considère comme mort car, disparu et sans nouvelles, et la mort fait l'objet d'une grande partie de son monologue par le biais de personnages différents et de tons différents. (Je me répète, ouh là là ! )
 
 
Il y aurait tellement à en dire encore sur ce film hors norme mais au final très simple et mêlé de quelques scènes improvisées et vraies car le Yves du film est le Yves de la vie réelle, "Richard est Richard, Any est Any", les autres sont eux-mêmes, les Cévennes sont les Cévennes. C'est aussi simple que ça. C'est seulement à la fin du film que la fille d'un ouvrier des carrières qui a découvert Yves tout seul dans la nature en errance, et qui au début avait un peu peur de lui parce qu'elle l'observait en train de vociférer tout seul en menaçant le vide avec son couteau, ou bien en train de se débattre avec sa corde, le ramène à la salle de classe de son centre où, en arrivant, il salue ses camarades avec un sourire un peu bébête en disant : "alors ça va la santé  ouais, bande de cons va ! "  . On retrouve d'ailleurs souvent ce "bande de cons" dans ses monologues dans lesquels il a l'air d'insulter la face du monde.

Tout le reste relève de l'analyse et de la critique que des professionnels sont plus aptes que moi à rédiger. Pour en lire quelques-unes afin de compléter cet article, je vous invite à aller sur ces liens mais le mieux est encore de voir le film.
 
Il est possible de louer en VOD le film Le moindre geste aux éditions Montparnasse pour 5 euros et pour 72 heures. 
http://photomaniak.com/upload/out.php/i480094_dp1.pdf   (Ce dossier de 16 pages est très bien écrit et est exhaustif. Il rend compte de manière constructive des circonstances du tournage du Moindre geste dans les moindres détails. Il donne un autre point de vue que le mien, une interprétation différente de la mienne par rapport à certaines séquences ; il met l'accent sur des aspects que je n'ai pas vus au premier abord et que je n'ai pas cherchés à interpréter, et les photos ont conservé le même grain que les images du film ainsi que cette blancheur qui m'avait vraiment étonnée la première fois).
(bonne critique, bonne synthèse)
 
Une chronique complète et une biographie de Deligny http://www.dvdclassik.com/Critiques/cinema-de-fernand-deligny-dvd.htm
 
Pour terminer, voici la transcription des fameuses paroles "prophétiques" enregistrées par Yves et qui n'exercent une réelle fascination sur le spectateur qu'à partir du moment où ce même spectateur capte la voix avec le ton et les humeurs changeantes qui l'accompagnent. On en rit gentiment plus qu'on en pleure car ces paroles sortent tellement de l'ordinaire... Mais attention, il est permis de rire (c'est plus fort que nous et c'est fait pour ça) mais en aucun cas de se moquer car il faut apprendre à écouter et à être attentif au moindre geste, observer mais non juger, se dire qu'il peut toujours exister une symbolique derrière ces folles paroles, un fond de vérité et une autre manière moins ordinaire de voir les choses et de concevoir la folie...

Extrait de la parole d'Yves :

Et là /

et là j'ai dit à l'asile /

l'asile c'est comme l'enfer /

l'enfer c'est comme les pauvres /

l'enfer c'est comme les pauvres ! /

mais l'enfer... / on dit que l'asile /

l'asile c'est comme les communistes /

l'asile c'est comme les morts /

la maison Saint Nizière c'est comme ci c'est comme ça /

mais /

en général /

monsieur les morts /

je vous téléphone encore une fois /

il y a 50 millions d'anciens francs /

prenez un petit pistolet /

creusez votre trou /

et mettez votre dynamite /

ça par exemple alors, les morts ça pleure pas /

mais une croix ça pleure /

plus /

monsieur les morts /

mounstre /

les morts ça pleure et quand ça rêve ça téléphone /

alors /

égale plus les morts plus mon général Franco /

mon général je crois que dieu vous a dit /

allez en enfer ! /

roh /

allô les morts ? les morts m'entendent bien ? les morts m'entendent /

roh ! /

ces pauvres morts /

qu'est-ce qui sont curieux /

mais voilà /

quand j'ai dit ça à mon général là-haut dans son trou /

je lui dis voilà /

je prends un poste émetteur /

de 38 mètres de long / tu mets ça dans ton trou /

tu vas me dire exactement où est le trésor /

je lui dis y'a pas de trésor ici /

y dit moi j'en ai vu un /

dans ce trou- là /

alors monsieur mon général... /

me téléphoner à l'heure que je vous parle /

heu le trou /

c'est un petit machin /

o'met machin machi machin /

et ta photographie /

je t'avais mis une lettre /

à l'heure que je t'ai dit /

les morts ça vit comment /

voilà les morts /

c'est épouvantable /

les morts ça rêve /

mais quand ça pleure ça pleurniche /

et quand ça rêve /

les morts ça se bénit /

et pourquoi donc /

messieurs-dames ? /

ah ! /

messieurs-dames /

je vais vous interpréter, une chanson d'asile /

l'asile c'est comme les pauvres /

l'asile c'est comme ci, c'est comme ça /

l'asile... je vous dis une idée /

mais /

pourquoi l'asile a rêvé ? parce que /

au moment où c'est le général De Gaulle qui m'a dit, le seigneur ça marche sur ses pieds /

mais quand le pape viendra /

vous examiner /

il faudra pas dire que c'est l'enfer /

mais je crois que trois fois trois ça fait dix /

et dix millions d'ancien francs, ça gagnera un tiercé /

mais /

je me demande, messieurs-dames pourquoi ça rêve-ton ? /

oh ! /

ça y est ! /

c'est épouvantable ! /

il y a le feu à la maison ! allez appelez les pompiers ! /

je dis allô... la voisine va arriver chez vous ! /

c'est épouvantable ! /

cassez ma vaisselle bande d'idiots ! /

l'asile c'est épouvantable !

(A partir de transcriptions réalisées par Jean Pierre Daniel)

 

 un extrait

 

 

 

 
 

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Published by Princess Sarah - dans éducatif
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commentaires

baggi alain 20/07/2012 11:18

bonjour
ton blog est trés intéressant
pour info
Fernand Deligny ne s'est jamais entouré "d'éducastreur"
c'était un anarchiste dans le véritable sens du mot :
il laissait à chacun le droit de vivre à sa manière pour le collectif
j'ai vécu 10 ans auprés de lui, dans le collectif qui menait
la recherche sur le sens de la vie
les gens n'en ont retenu que la recherche sur l'autisme
alors que le sens de son travail était une remise en cause
des systèmes dans lesquels nous vivons
et qui sont la cause de bien des errances de l'homme
alain

Princess Sarah 20/07/2012 12:35



Bonjour. Merci pour votre commentaire qui est en même temps un témoignage intéressant puisque vous avez vécu auprès de lui. Oui je suis d'accord avec vous sur le sens de son travail, c'est ce que
j'avais compris et j'ai sans doute utilisé à tord le terme d'éducateur. Vous jouez sur le mot "éducastreur". Je crois
aussi qu'à son époque on ne parlait pas d'éducateur car son collectif n'était pas composé de professionnels et il n'avait pas  pour objectif d'éduquer, effectivement.  J'ai donc
rectifié ma description



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