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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 12:42

les cerfs ailésCoeur d'Anne de Bretagne                           Tapisserie des Cerfs ailés.

                                                                                  Vaisseau du coeur d'Anne de Bretagne

                                                                                  et sa couronne. (Coeur d'Anne de Bretagne

                                                                                  déposé  dans ce reliquaire en or et enterré 

                                                                                  dans le tombeau de ses parents édifié dans l'Eglise 

                                                                                  des Carmes à Nantes en 1514)

 

  

Pour faire écho à mon article précédent concernant l'exposition sur le trésor des Medicis, je rédige dans la même veine, un petit compte-rendu de l'exposition que j'ai été voir le samedi 16 octobre au Grand-Palais à Paris : France 1500, entre Moyen Age et Renaissance. 

 

Cette exposition présente une riche collection de plus de 200 oeuvres produites sous les règnes de Charles VIII (1483-1498) et Louis XII, son successeur (1498-1515). Les sujets sont en très grande partie liés à une iconographie religieuse, mais les sujets profanes sont également mis en valeur. 

La France des années 1500 avait une bonne connaissance de l'art italien et de l'art des pays du Nord. On assiste à des progrès techniques, notamment grâce à la diffusion de l'imprimerie et à la circulation des oeuvres et des artistes. Paris accueille sa première presse en 1470 au sein de l'université de la Sorbonne. L'exposition débute par un prologue des années 1460-1480. La première partie de l'exposition montre comment la rencontre entre le commanditaire et l'artiste était source de création et une condition au développement de foyers artistiques. La deuxième partie cherche avant tout à mettre l'accent sur la maturation de l'oeuvre et les innovations matérielles et techniques, aussi bien dans l'architecture que dans les enluminures, entre autres. 

 

Le contexte politique n'est pas à négliger puisque les rois Charles VIII, Louis XII et leur épouse Anne de Bretagne participent à ces représentations artistiques, ne serait-ce que dans les portraits. Leurs prédécesseurs Charles VI, Charles VII et Louis XI font l'objet également de références artistiques. Par ailleurs, le peintre officiel de Charles VII est Jean Fouquet, peintre actif à Tours en 1450. Anne de Bretagne fut mariée à Charles VIII en 1491 puis fut mariée à Louis XII en 1499. Elle joue un rôle de commanditaire, puisqu'elle commande le tombeau de ses parents pour les Carmes de Nantes, et elle est souvent représentée avec son livre d'heures pour signifier sa grande piété. En effet, elle préférait les livres.

Des événements politiques aussi importants que la campagne de Charles VIII en Italie en 1494, date marquant le début des guerres d'Italie, l'entrée de Louis XII à Milan en 1499... sont mentionnés et intégrés dans la problématique de cette exposition. La Guerre de Cent-Ans s'est achevée en 1453 sous le règne de Charles VII (1422-1461). On se situe donc sous les règnes de Charles VIII et Louis XII, dans une période de forte reconstruction marquée par la relance économique, la croissance démographique et les ambitions territoriales grâce aux guerres d'Italie. L'exposition est placée sous le signe de la floraison artistique impulsée et favorisée par l'humanisme de la Renaissance. L'intitulé même de cette exposition, tel que je l'ai perçu, suggère vraisemblablement l'ambivalence de la période du XVIe siècle qui est marquée finalement par les phénomènes de rupture et de continuité par rapport au Moyen Age. L'exposition s'interroge donc sur les permanences et mutations de cette période. 

 

L'exposition est classée à la fois par thèmes et par grands foyers artistiques. J'ai pu ainsi relevé les thèmes de l'art de la miniature, des médailles et de la tapisserie, dans un premier temps. Parmi les exemples de miniature, l'oeuvre la plus célèbre est celle de Jean Fouquet: Louis XI présidant le chapitre de l'Ordre de saint-Michel. C'est une enluminure sur parchemin. L'Ordre de saint-Michel a été créé en 1469 par Louis XI. Chacun des 15 chevaliers doivent recevoir le livret des statuts enluminés à ses armes. L'exemplaire du roi Louis XI a été magistralement décoré par Jean Fouquet. Le roi y est représenté entre les premiers dignitaires de l'ordre, assis devant un tableau figurant le combat de l'archange et du dragon. 

Pour les médailles, on peut dire que des souverains sont représentés tels que Louis XI et Charles VII. L'art de la médaille, né à la fin du XIVe siècle - typique de la Renaissance italienne - est adopté en France. Charles VIII et Louis XII se font représenter sur les médailles et les distribuent en cadeaux. Fouquet fait la synthèse entre les innovations flamandes et l'art italien. Enfin, en ce qui concerne la tapisserie, on peut voir une grande tapisserie Les cerfs ailés. Le cerf ailé depuis Charles VI est l'emblème des rois de France. Sur cette tapisserie, on voit trois cerfs dans un enclos qui symbolisent la France pacifiée, et à l'inverse des lions hors de la palissade qui pourraient faire référence aux Anglais maintenus hors du royaume grâce aux victoires de Charles VII. En ce qui concerne les autres modèles de tapisserie, on en voit surtout dans la deuxième partie de l'exposition, comme par exemple les tapisseries millefleurs ; Narcisse à la fontaine pour n'en citer qu'une, est une tapisserie qui appartient à la série des millefleurs. Elle fait la synthèse entre les apports antiques et la tradition médiévale. L'histoire de Narcisse est racontée dans les Métamorphoses d'Ovide. 

 

La thématique géographique est introduite par une évocation du rôle des commandes. Les commandes sont destinées à l'embellissement des demeures et des châteaux des commanditaires. Les réalisations se font pour les chapelles et les églises, les retables, les vitraux, les statues, et servent à assurer le salut et l'expression de la dévotion, d'où la prépondérance des sujets religieux de cette exposition.

Sans rentrer dans les détails, je vais citer pour chaque foyer majeur de l'art, un ou deux exemples d'oeuvres qui s'y rattachent :  

Pour LYON, cette ville est célèbre pour l'art du vitrail et l'enluminure. C'est la résidence principale du peintre en titre de Charles VIII et de Louis XII - Jean Perréal - actif de 1485 à 1530. Il a réalisé des modèles de vitraux et des sculptures, et c'est un célèbre portraitiste. 

 

Bourges et le Val de Loire : Jean Bourdichon est un peintre de Tours. Il a réalisé une enluminure datant de 1508 environ, Gênes agenouillé devant la Raison. Elle fait référence à la conquête de Louis XII de Gênes, en 1507. 

 

Parmi les statues de Vierge à l'enfant, on peut citer Michel Colombe vers 1500-1510. Les statues de Vierge de pitié et de Vierge à l'enfant sont nombreuses dans les salles d'exposition. 

 

Le LANGUEDOC : c'est un autre foyer dynamique. On peut découvrir une sculpture de saint Michel terrassant le démon. Il provient de l'église Saint-Michel de Toulouse. Cette oeuvre fait référence à l'art parisien ou bourguignon du début du XVe siècle. Il y a d'autres oeuvres provenant de cette région que je n'évoquerai pas. 

 

LA CHAMPAGNE: Cette région se caractérise par la reconstruction qui suit la guerre de Cent-Ans et celle opposant le roi de France au duc de Bourgogne. Les églises sont construites et agrandies, et se parent de vitraux, art majeur de la région. Le style gothique flamboyant domine l'architecture, et les Pays-Bas influencent l'art des vitraux. En effet, l'influence flamande domine la sculpture champenoise et plus proche encore, la sculpture picarde. Des importations permettent la circulation des oeuvres, par exemple, le retable anversois. Parmi les artistes de cette région, on peut citer le Maître de Chaource à qui on associe la Vierge de Pitié. Il a un style caractéristique par rapport à l'expression des visages.

 

La NORMANDIE : Dans la deuxième moitié du XVe siècle, on note l'influence de l'art gothique flamboyant. L'art du vitrail montre la volonté d'embellir les édifices. On peut citer les apports des artistes du Nord tels que le peintre-verrier Arnoul de Nimègue, et les importations d'oeuvres italiennes grâce à l'action de Georges d'Amboise, cardinal-archevêque de Rouen et principal ministre de Louis XII. Il joue un rôle important, et sa famille est l'une des plus importantes, puisque c'est lui qui est à l'origine de la transformation du château de Gaillon, château des archevêques de Rouen, en demeure. Les travaux de 1500 à 1510 sont réalisés par les ateliers français et italiens. Pour décorer le château de Gaillon, Georges Ier d'Amboise fait appel, pour travailler à ces ateliers, à un artiste milanais, Andrea Solario, auteur de La Déploration du Christ. 

 

L'architecture est à la fois civile et religieuse. Le "flamboyant" est le style adopté par les architectes. Il se caractérise par le souci de la polychromie, la variété des matériaux, la cohérence des décors entre plusieurs techniques. A l'étage, il est fait mention de cette architecture nouvelle à travers le mobilier en bois ou en métal. 

 

La deuxième partie de l'exposition, pour terminer, fait référence aux nouvelles techniques qui apparaissent, comme l'émail peint caractéristique de la tradition de Limoges et la production de livres enluminés en pleine expansion. Depuis le Moyen Age, existe la technique du cuir estampé à froid qui s'enrichit de dorures à la feuille et fait référence au modèle décoratif italien. 

 

Pour conclure, je dirais que cette exposition était très longue et plutôt redondante au départ car beaucoup de sujets religieux issus d'artistes différents se ressemblaient plus ou moins et alourdissaient le regard et le paysage, si bien qu'on perdait un peu le fil conducteur puis par la suite, la diversité et la grande richesse des oeuvres et des matériaux l'a emportée et s'est révélée très utile surtout pour ceux qui étudient le Prince et les Arts en France et en Italie, c'est une sacrée mine d'informations. La statuaire était très imposante, il y avait de très belles oeuvres qui méritaient qu'on se rapproche d'elles par le regard plutôt que de les observer dans un simple livre. En se rapprochant d'une oeuvre, on voit davantage les détails qui ne figurent pas forcément en illustration, notamment les couleurs, l'expression du visage, les drapés, la polychromie. Le découpage de l'exposition en plusieurs axes était bien choisi pour illustrer l'ambivalence de cette période du XVIe siècle. De plus, les oeuvres profanes d'inspiration antique  se mêlaient très bien aux oeuvres religieuses. 

 

 

 tombeau-des-enfants-de-Charles-VIII.jpg                                               

tombeau des enfants de Charles VIII

par Girolamo Paciarotto, dit Jérôme Pacherot

(en marbre de Carrare). 

 


 

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Published by Colombine aux mains d'argent - dans histoire
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commentaires

Emmanuelle 25/10/2010 15:49


Merci beaucoup pour ce compte-rendu d'une expo que j'aimerais bien voir !
Au plaisir de vous lire à nouveau !
Emmanuelle


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