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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 18:24

 

Si comme moi vous êtes un peu païen et que vous aimez flâner dans des lieux paisibles regorgeant de trésors secrets, de mythes et de merveilles, alors vous allez apprécier les endroits que je vais vous décrire.
La France est un pays de forêts, de lacs, de sources, de rivières, de grottes qui recèlent bien des trésors enchantés. En m'appuyant sur Le guide de la France mythologique, par Bernard Sergent, vous allez découvrir des itinéraires d'exception, qui n'ont rien à voir avec les sites touristiques qu'on a l'habitude de présenter et qui sont aujourd'hui bondés. Il existe bel et bien une mythologie française, sur le modèle des mythologies grecques, romaines et égyptiennes, bien que la renommée ne soit pas la même puisque la mythologie française entre dans le folklore populaire et est issue des traditions orales et écrites.
J'ai sélectionné deux ou trois sites intéressants de différentes régions, et la première région que j'ai choisie, c'est la région gargantuesque de la Provence. Vous comprendrez que les noms de certains sites révèlent leur caractère mythologique et ne sont donc pas le fruit du hasard.
Dans le village de Barjols, dans le Var, a lieu chaque année la fête des Tripettes le 16 et 17 janvier, qui illustre ce que pouvait être les rivalités des communautés pour la possession des reliques. Les Barjolais s'emparèrent en 1350, des reliques de saint Marcel, évêque de Die au Ve siècle, et les ramenèrent à Barjols, au moment même où les bouchers fêtaient la Saint Antoine, en sacrifiant un boeuf gras vidé de ses tripes, d'où le terme de "tripettes", ce sacrifice faisant référence à d'anciens sacrifices païens de taureaux, renouvelés peut-être par le culte de Mithra. Depuis, chaque année, le samedi soir et le dimanche matin, la population entière se livre aux sauts répétés d'une rituelle "danse des tripes", une danse joyeuse et frétillante, partout dans les rues, aux fenêtres et même dans l'église. On promène ensuite dans la ville, les reliques du saint mitré, ainsi que tous les quatre ans environ, un boeuf enrubanné et paré de verdure béni par l'Eglise mais qui sera ensuite dépecé (en abattoir maintenant), rôti en broche sur la place centrale (jadis dans l'église) et partagé, le tout sous les airs d'une chanson.
A Draguignan, vous avez une pierre qui ressemble à un dolmen et qu'on appelle "la pierre de la Fée". Ce dolmen date de 1500 av.J.-C. Il est orienté au soleil couchant selon le rite funéraire. Naguère entouré de trois arbres pluricentenaires, réputés sacrés pour les Celtes méridionaux, c'est une dalle colossale de 60 tonnes posée sur trois autres, verticales dont la hauteur est de 2,5 m. Des légendes féériques ont été bâties autour de ce dolmen. Dans une des légendes, une jeune comtesse s'enfuit avec son page par une nuit d'orage à Draguignan. Là, une fée érige le dolmen pour abriter le couple. Dans une autre légende, c'est la fée elle-même qui, amoureuse d'un génie, exige le mariage "sur une table de pierre". Le génie, n'ayant pu dresser que deux lourdes pierres verticales, renonce. La fée transporte alors la table horizontale sur les deux piliers, mais le génie découragé est mort, pétrifié, suivi bientôt dans la mort, par la fée. Une variante de l'histoire dit que la fée est transformée en femme-serpent. Il y a d'ailleurs un rocher du drac près du dolmen. Une autre version encore, dit que la fée ne meurt pas mais cache ses bijoux sous le dolmen "pour la jeune fille pure qui les apercevra". Le dolmen a, comme beaucoup de monuments, hébergé des rites de fécondité. Les femmes auraient recueilli des mains de la fée Estelle ("étoile" en provençal), un breuvage secret qui les rendait fécondes. La fée Estelle signalée dans les Actes de saint Hermentaire, qui est un texte hagiographique, recevait des sacrifices en raison de la terreur qu'elle inspirait sous le nom d'Estérelle (la stérilité). Estelle est le nom positif opposé à la stérilité. Tout récemment, on a relevé sur une autre dalle verticale du dolmen, le graffiti suivant (les prénoms ont été changés): "Christian, je t'aime. Que la fée veille sur notre amour. Dany. 17-8-04. "
Aux "îles d'Or" (nom grec des îles d'Hyères), l'île de Porquerolles abrite son dragon, la Lycastre, cousine mythologique du loup, terassée par "un chevalier venu de la mer", donc de Lérins car Honorat, ou Hermentaire fit un séjour à Porquerolles. Subsistent de la légende de la bête de Porquerolles, au nord-est de l'île et christianisée par la plage Notre-Dame, la baie de l'Allicastre entre la pointe du même nom et le dangereux cap des Médès qui pourrait, avec les écueils redoutables de la baie, avoir suscité l'image d'un dragon. Par ailleurs, à l'est, la dernière des îles d'Hyères, le Levant , s'appelle aussi "ile du Titan": peut-être s'agit-il de la fusion entre Gargantua, Honorat et Héraklès.
Enfin, je terminerai par le conte provençal du vent. La rose provençal des vents n'en compte pas moins de trente-six. Violents ou rafraîchissants, voire fécondants, on a trouvé quelques vents mythifiés. Le Pontias à Nyons, le mistral au Ventoux ou dans la Crau (où Frédéric Mistral célèbre aussi le zéphyr). Un autre culte ancien du vent semble n'être parvenu que par un conte populaire de Provence, relevé en 1887 par Béranger-Féraud: un prince mauresque africain du XIIe siècle, vient dresser "dans les environs de Hyères" une monumentale croix de fer sur la tombe de sa fille, qui, convertie au christianisme, a été enlevée le jour de ses noces, par le génie du vent (lequel avait échoué à la séduire sous les traits du zéphyr d'Orient). Le génie, l'ayant entraîné dans un tourbillon, lui a fait passer la mer et l'a déposé morte à Hyères. "La croix de fer d'Hyères" qui était fixée "sur une pierre artistiquement travaillée et gravée de caractère inconnus" et qui a disparu, semble avoir été l'instrument chrétien exorcisant la croyance à un ancien Dieu païen du vent. Chez Frédéric Mistral (1830-1914), qui connaissait parfaitement la mythologie provençale, a collecté les grands mythes (les Trois Donzelles, Gargantua) mais surtout la Provence entière, se peuple chez lui, d'êtres fantastiques. Dans Nerte, (1884), c'est le diable qui mène la danse. Mais sa plus belle création à partir de la légende, est sans doute le Drac (Poème du Rhône, chant VI), et ses fées victimes de l'ère chrétienne, réfugiées dans des antres, nous font entendre de quel côté le poète penche. Ses héros eux-mêmes deviennent féeriques: le prince d'Orange (Poème du Rhône) prend les traits du Drac, Estérelle, ceux d'une fée et Calendal, ceux de Gargantua, quand il tranche et fait tomber dans les abîmes du Ventoux, les mélèzes géants de la montagne, ou quand il escalade le rocher des abeilles de la Nesque, gigantesque ruche. Sa reine Jeanne est une sirène.
Dans un autre article, je vous conterai également d'autres récits mythologiques en utilisant des références à une autre région : la Bretagne.
P la pierre de la Fée à Draguignan ( Var, 83)
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Published by Colombine aux mains d'argent - dans histoire
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